Whourkr - 4247 Snare Drums



On aurait pu croire que les deux premiers albums de Whourkr, le groupe métal / électronique de Gautier Serre alias Igorrr, avaient déjà repoussé les limites de la brutalité sonore autant que faire se pouvait. On aurait pu croire que ce mélange savamment dosé de Whooo et de Krrr krk krk (dans un langage plus intelligible, comprenez « de death métal, d’electronica et de breakcore ») avait atteint un paroxysme dans l’art de faire saigner nos tympans qui jamais plus ne serait égalé… C’aurait été mal connaître Gautier et son nouveau comparse Vincent alias Mulk, qui sont de retour avec un troisième volet de leurs pérégrinations musicales, poussant encore un peu plus loin leur quête de puissance, alliée à une précision chirurgicale et jamais en reste de musicalité.

Après s’être adjoint les services de Öxxö Xööx (parti entretemps se consacrer à son projet doom éponyme mais qui intervient à nouveau sur 4247 Snare Drums, le temps d’une collaboration sur le morceau Ostina, sous forme d’un chant clair aussi étonnant que convaincant) et de -i snor (alias Yann Coppier, sound designer et compositeur de musique cinématographique et trippante à souhait) aux voix et aux machines sur les deux premiers albums Naät et Concrete, c’est à présent à Vincent (chanteur du groupe death/grind Sedative et seul maître à bord du projet Mulk, dont je vous recommande chaudement l’album Putrilogie, qui lui aussi balance un gros pavé dans la marre des musiques extrêmes avec sa fusion de grindcore et de breakcore) que Gautier a fait appel pour poser ses vocalises gutturales (captées à l’aide de pas moins de six micros), ingrédient indispensable de la recette Whourkr. Vincent a également enregistré quelques parties de saxophone, comme pour l’intro planante du morceau Maximum Speed Limit Monotone Snare Audition, pour le moins déconcertante mais annonciatrice de la tempête après le calme. Ces genres d’interludes sont fréquents au fil de l’album, comme l’outro classique du titre Coiffer un Ours pour n’en citer qu’une. Gautier Serre ne s’est en effet jamais privé d’intégrer ce genre d’influences dans sa musique (songez notamment aux parties de clavecins baroques sur les deux précédents albums ou sur Nostril d’Igorrr), pour la plus grande joie des férus d’hybridations improbables, ou tout simplement des mélomanes de tous poils, car on ne peut nier que l’alchimie fonctionne bel et bien.

Cela dit, les riffs de guitares testostéronés issus du métal extrême (Cannibal Corpse est une de leurs influences les plus reconnaissables), les beats pachydermiques parsemés de breaks aussi déconcertants qu’habilement placés, ainsi que les hurlements et autres borborygmes semblant surgis des entrailles d’une bête infernale, constituent toujours les principales bases de la musique de Whourkr. A vrai dire, l’évolution la plus notable de cet opus se situe au niveau de la production qui, déjà soignée sur les précédents albums, atteint ici un nouveau degré de professionnalisme et de perfectionnisme. Les sons sont très travaillés, et le mix est remarquablement équilibré en dépit du foisonnement d’éléments, et surtout il n’altère en rien la férocité de l’ensemble. A noter qu’un remix du morceau Gastro-Equestre (ne faites pas cette tête, les titres des plages sont plus iconoclastes les uns que les autres) par Ruby My Dear, un artiste drill ‘n’ bass/breakcore nouvellement signé chez Ad Noiseam, clôture le disque en beauté.

Un album coup de poing, qui prouve une fois encore que guitares et machines sont tout sauf antagonistes.

Raoul Duke



Whourkr - 4247 Snare Drums
Label: Ad Noiseam
Date:2012
Commander: CD / Digital


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