V13 - Overlook Hotel




Le monde du rock français alternatif mais accessible tout de même se cherche un nouveau porte drapeau depuis le sabordage en 2 temps de Noir Désir. Et ne me parlez pas d'Eiffel et consorts s'il vous plait. Restons entre gens corrects!

V13 pourrait à la longue – et si le destin le permet – prétendre à ce titre, mais si celui-ci est relativement casse gueule. Franchement, il y a fort à parier que ces Cannois s'en foutent un peu, voire ça les fait carrément chier. Digne héritier de leurs prédécesseurs, le groupe est également dans son époque. En effet, si ils reprennent quelques fois la richesse en paroles, arrangements musicaux et rage tantôt contenue, tantôt brutalement libérée de la bande à Cantat notamment (ça, c'est fait), ils imposent un style propre et très riche en styles abordés.


Alors une remarque: désolé pour le style « point par point », « titre par titre » de cette chronique, mais vous comprendrez à sa lecture qu'il était impossible de résumer autrement un tel album! Donc Mea Culpa...ou pas en fait.

« Renégat », le morceau d'entrée en matière (version fistfuck sans lubrifiant il est vrai) met directement les pendules des comparaisons foireuses à l'heure par un mélange noise/metal hardcore appuyé par un chants (hurlement?) rageur qui fera même plier ronchons ne jurant que par l'anglais.

On pourra, par contre, avoir une image cohérente du contenu de l'album en seul morceau avec le second titre, « Tu as choisi d'entrer », qui alterne des passage calmes et mélancoliques (qui par la tessiture vocale et leur construction, sont surement responsable de cette constante filiation à Noir Désir dont ils sont « victimes ») et des éclats rageurs appuyé par une guitare noisy allant de temps à autre se promener dans les pâturages expérimentaux ou math rock.


L'album – le second du groupe - en lui-même aurait été un pur produit « vinyl » il y a quelques années, car on y dénote un nette cassure entre ce qui aurait été les face A et B. Les 6 premiers titres étant le côté « dur » de la force avec – en plus de ceux déjà cités plus haut – du hardcore limite grindcore (« Black Sheep »), du math rock/free Jazz dans l'urgence basculant vers le hardcore (« Alexandra »), et un bijou nous rappelant les grandes heures de No One is innocent (la pertinence et la finesse des paroles de l’entièreté de l'album se rapproche d'ailleurs souvent d'eux) et de Lofofora dès début (« Gouache »).

Alors là, couilles de bouc, quel morceau ce « Gouache »! que dis-je! On dirait presque plusieurs morceaux ultra condensés en un seul de 5 minutes 15, ce qui ne laisse d'étonner tant sa richesse en style et rythmes différents est immense! Hip hop fusion, hardcore, noisy rock endiablé et pour finir, une apothéose doomesque. Magnifique!


Ensuite, nous basculons dans un autre monde...assez brutalement vu la claque précédente. Un autre monde (ta gueule Aubert!) toutefois pas inintéressant mais tellement décalé que l'on a peut-être un peu de mal à entrer dedans. D'autant que le 7ème morceau – et donc 1er de la face B virtuelle – est surement le moins accessible de l'album (déjà le titre: « Mais Ils Ne Renforcent Pas Le Camp Ennemi Qui Comptait Déjà Des Millions D’Imbéciles Et Où L’On est Objectivement Condamné à Être Un Imbécile »!!!). Ecrit par les cultissimes membres de l'Enfance Rouge, et co-chanté par Chiara Locardi du même groupe franco-italien, ce constat pessimiste, tout en rage contenue, de l'échec de nos combats est – en plus d'être un sorte de « label rouge » des poulets pour la crédibilité du groupe – une vraie collaboration musicale entre les 2 entités. On ressent l'influence des "rouges" sans autant ne plus reconnaitre V13 au point de considérer le titre comme un intrus. Ce serait plutôt un changement brutal et désabusé d'humeur, après la violence libérée des premiers morceaux.


La suite enchaine avec un Ez3kielesque (dans leurs passages les plus délicats) "Pygmalion" pour ensuite nous montrer ce qu'aurait peut-être fait un Léo Ferré s'il avait été notre contemporain (« Chute Libre »). la structure du morceau (presque ballade anodine et ensuite explosion) nous fait aussi un peu penser à l'Henri Rollins de titres comme « Liar ».

« Overlook Hotel » nous rappelle que V13 n'a pas pris toute la boite de Lexomil. Une guitare reverberisée et retenue nous plongeant dans des paysage aride de western moderne pour ensuite exploser comme un célèbre coup de hache dans une porte (si tu comprends tu es cinéphile, sinon google est ton copain). Sorte de trait d'union en montagnes russes rythmique (doux-brutal-doux-brutal-...) vers la 1ère partie de l'album qui l'aurait parfaitement clôturé, mais V13 n'avait pas fini de nous montrer l'étendue de son registre.

« Moloko Vellocet » se charge de la lacune avec un post-rock électrique lorgnant à l'occasion vers les ambiances grungesque de Pearl Jam époque « Yeld », ou des errances mélodique de certains titres de Stone Temple Pilots.


Vous voyez le concept? Sur un marché nous haranguerions le chaland en clamant « venez, venez! 6 disques en 1! l'affaire du siècle! » tellement ce disque approche une multitude de styles et d'ambiances tout en conservant son homogénéité. Et ça c'est beau!

Overlook Hotel de V13, rabibochera sûrement les bougons du rock chanté en français et ravira ceux aimant voyager intelligemment au travers des genres et de tout un tas d'influences. Album à posséder et groupe à suivre!


Suicyco


V13  - Overllok Hotel

date de sortie: 25/05/2009

Label: Swarm of Nails

Myspace: http://www.myspace.com/v13theband

Commander (CD)



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