Thorofon - Exkarnation




Thorofon se fait connaitre en Allemagne dès 1995, avec aux commandes Anton Knilpert et Geneviève Pasquier. Ils sortent une poignée d’albums et de EP qui alternent brutalement power noise, indus old school, rythmiques martiales et métalliques, chants hurlés, avec des morceaux plus orientés synthpop glaciale habillant la voix robotique de Genevieve, qui rappellera celle de Mona Soyoc de Kas Product. 10 ans plus tard, ils jettent l’éponge, la dame se lançant alors dans une carrière solo, sorte de cabaret électronique où les tenues et le jeu de scène burlesques contrastent avec une voix tour à tour cinglante ou aguicheuse.

Ses 2 passages au Maschinenfest ont témoigné de son succès grandissant, d’autant plus marquant que la scène indus manque cruellement de chanteuses ou de performeuses qui ne se limitent pas à des hurlements vocodés en tous points identiques à ceux de leurs homologues masculins.


Le retour du duo Thorofon au Maschinenfest 2011, accompagné d’un nouvel album chez Ant-Zen, était donc une bonne surprise, d’autant que leur prestation scénique tout en costumes blancs, toujours dans l’alternance des contraires, s’est avérée pleine de hargne et bourrée d’énergie. Genevieve impassible et hautaine aux machines, Anton en frontman déchaîné.


On retouve sur l’album  cet assemblage des opposés, qui semble être leur marque de fabrique : les morceaux instrumentaux alternent avec les morceaux scandés, puis les morceaux chantés ; le martellement mécanique et répétitif à la DAF (‘Blacksouls’) alterne avec des rythmes plus pop sans être putassiers; les stridences noise dignes de SPK période Leichenshrei (‘Flamethrower’) croisent des mélodies 80s à la Human League, sans sombrer dans le sirupeux. Le classique ‘Warm Leatherette ‘ de The Normal n’est jamais loin. On a d’ailleurs vraiment l’impression d’un voyage vers cette lointaine décennie, tant les sons et l’atmosphère en sont tout droit sortis. La faute au Korg MS-20 et autres machines analogiques utilisées sur l’album, sans doute. Le groupe se fend même d’une reprise du ‘Flesh and Steel’ de SPK, c’est dire si l’hommage est appuyé. (Je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec les derniers CD de Haus Arafna " You " et "New York rhapsody" , qui eux aussi font revivre toute une époque à leur manière.) Dans les aspects positifs, on notera que l’énergie et la colère sont au rendez-vous, les climats industriels frigorifiques également. D’un autre côté, la reprise d’un de leurs anciens titres de 2004, ‘Skinmelt’, en version retravaillée n’apporte malheureusement pas grand-chose  de neuf; et quelques titres sont trop répétitifs pour être aussi percutants qu’ils le devraient. Pour tout dire, autant j’ai apprécié la prestation live, autant l’album m’a un peu laissé sur ma faim. On ne parlera donc pas du Grand Retour d’un groupe mythique, plutôt d’une reprise des choses là où elles en étaient restées. Ce qui n’est déjà pas mal, vu les projets formatés dancefloor aussi interchangeables qu’insipides qui engorgent la scène indus (et pas qu’allemande) depuis trop longtemps !


Noiz'



Thorofon - Exkarnation
Label: Ant-Zen
Date de sortie: 2011
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