SHUB - FUCK MY LUCK





Il est de ces groupes dont on ne comprend que difficilement le manque d'éclairage au sein du public. En cette période assez foisonnante pour le courant "guitares maltraitées" en France (noise rock, Math rock, post punk, rock expérimental,...) avec les CHEVREUIL, PNEU, MARVIN, LE SINGE BLANC et consorts, on n'entend que très peu parler de SHUB, ces gars du Gard ( dites cela 10 fois très vite) qui seraient encore en train de déconner joyeusement dans leur local de répèt' si leur Potes de Marvin ne les en avait pas sortis à grand coup de pied au cul.

De fait – et nous l'avons bien ressenti lors de notre interview le mois passé – les bonshommes font leur truc de façon très (attention! mauvais accent du sud) "trann'quileuuh", en voulant d'abord s'amuser plutôt que de se faire chier à établir des plans de carrière.


Bizarrement – quoique - la musique de Shub semble être tout le contraire de cette nonchalance. Joué et scandé comme si à n'importe quel moment quelqu'un pouvait surgir pour couper l’électricité, l'urgence du jeu correspond bien au ride de l'illustration de la pochette et rappelle souvent la période post punk (la vraie, celle du début des 80's) lorsque des Talking Heads ou The Jam - voire un peu plus tard Fugazi - semblaient persuadés de tomber raides morts à la seconde suivante et donnaient tout sur chaque note.


Accrochez-vous, on embarque!



Il fait chaud dans ce disque! Il a des accents du sud, mais plutôt celui du faux Gard américain: le Texas, avec cette musique auto-proclamée "western noise" mais sans jamais se départir de leur humour des garrigues.

Peut-être un peu plus léger et moins "sombre" que "The Snake, The Goose, and the Ladder", l'excellent album précédent, Fuck My Luck gagne en frénésie et agilité dans la diversité des morceaux, sans toutefois laisser de côté l'harmonie entre les membres du groupes. Leurs longues années de répèt entre potes s'entendent: tout le monde se comprend et pas seulement en binôme (basses-batterie par exemple) mais réellement ensemble!


Débutant par un instru mi-math rock, mi-noisy très enlevé et léger, mais qui paradoxalement n'est pas trop révèlateur du reste de l'album (« The last battle of Mohamed Jimmy Mohamed »), Fuck My Luck commence vraiment avec « The Path », qui nous permettra de savoir à quelle sauce Shub nous mangera.

Rythmique furieuse (quoique la basse semble mois présente à l'avant-plan que dans l'album précédent, dommage!), guitare sonnant tantôt l'alarme, tantôt très stoner, The Path entame le ride échevelé et rageur, soutenu par un chant frénétique et nerveux (l'« accent » anglais des groupes français ne nous choquant plus depuis longtemps), qui tire littéralement l'auditeur dans une course-poursuite qui n'est jamais de tout repos. Et pour cause, puisque le chemin qui nous est dépeint serait une vie dont l'issue est toujours la même!


Reposant sur un style entre la Jam et le combat d'instruments, Fuck My Luck reprend ce côté crade qui nous projette dans une de ces salles de concerts sombres et enfumées chères aux States, où un grillage empêcherais les projectiles de soûlards d'atteindre les groupes! La ligne de conduite est également l'urgence et résolument post-punk nerveux sans se prendre plus au sérieux que ça, mais avec quelques surprises qui nous empêchent de tirer des trop rapides conclusions sur l'album en écoute. Comme par exemple ce riff carrément funk sur « Viva la Muerte » ou bien Rock'n Roll poussant vers le Psycho (« Slaughterhouse Five »). N'oublions pas certains textes fleurant bon l'humour cynique (« The Snob Song » ou « Success »), ce qui n'est pas étonnant de la part d'un groupe ayant intitulé un de ses précédents morceaux « Frankie Vincent goes to Hollywood »!


Bien sûr, avec ce genre de groupe et/ou album, pas moyen de sortir un morceau du lot, ou plus précisément chacun aura son morceau préféré (bon allez, je dirais pour ma part « Snob Song »). De même, le concept de 2 « parties » dans l'album (Heaven – Hell) sera laissé à la discrétion de chacun car chaque morceau peut très bien vous emmener dans l'une ou l'autre direction. De toute façon, comme le montre la (très belle) pochette signée Singeon, que tu choisisses l'une ou l'autre direction, tu te retrouve dans la même mélasse (et éteignez après l'avoir chargée de lumière et vous aurez des surprises!).


En parlant de pochette, il est à noter qu'à l'achat du vinyl (10 euros), on reçoit de toute façon la version CD. Avis aux gens qui se plaignent de ne pas avoir de platine.


En conclusion, je ne résiste pas à l'appel du jeu de mot débile: SHUB c'est bien!


Suicyco




Date de sortie: Novembre 2010
Labels
Goback / Rejuvenation / A Tant Rêver Du Roi / Contreplaqué / Assos'Y'Song / Karaoke666 / Whosbrain


Commander (LP avec CD inclus): voir le Bandcamp (France:13 euros / autres: 15 euros)


Présents au FuckFest




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