Les Modules Etranges - Turmoil





Comme quoi, il ne faut jamais dire jamais! Et comme quoi, il faut aussi laisser aux projets (et à leur artistes) le temps de mûrir et de se libérer de carcans souvent auto-administrés.


Les Modules Etranges, groupe nantais composé de la guitare de Jenn Birkenow (voir notre interview) , de la voix de sa compagne Azia et de JRM à la basse, viennent d'un background très orienté Dark Old School, à savoir tout ce qui tourne autour de la musique New Wave, Post Punk ou encore No Wave des "origines" du début des années 80 (et de la fin des 70 aussi... sinon j'aurai encore des remarques de puristes).


Oui je vous vois venir, oui vous là! « Encore un de ces groupes nostalgiques qui à défaut de faire des covers, font des ersatz des morceaux de l'époque! ». Oui c'est vrai, c'est hélas ce qui pullule dans les genres plus ou moins pointus et dont l'heure de gloire est passée. Et oui, cela pouvait être vrai pour LME (z'avez compris ce que c'est ou je vous fais un dessin?) lors de leurs précédentes réalisations (« Dawn » en 2009 et « Another Vision » en 2010), mais le bien nommé TURMOIL (qu'on peut traduire par « tumulte ») à une grosse odeur d'émancipation par rapport à ce phénomène pour le moins broutant.


Finie la continuelle recherche de clefs et autres balayages de sols d'un regard de rat mort. Ça va bousculer son petit romantique dorénavant!

Les Modules ont grandi et se sont décomplexés, faisant une sorte de remake accéléré et inversé de ce pan de l'histoire musicale entre punk, new/no/cold wave et post punk. En effet, partant à leur début d'une scène coldwave, hum, « pure », le groupe intègre désormais les genres qui ont fait ce style maintes fois copié par un chamboulement des ses codes dont le résultat fera donc penser à cette époque durant laquelle cette musique était encore dans le seul giron de la scène « punk » et dont les sous-genre suscités n'étaient pas encore clairement définis.

Pour l'image, nous pourrions songer à du Siouxsie – avec lesquels ils ont beaucoup de points sonores communs – qui partirait des derniers (bons) albums « établis » pour ensuite décider de faire la musique de leurs débuts (ce qui en soi est finalement une meilleure idée artistique que ce qui s'est passé en réalité).

Et d'entrée de jeu avec « Debbie », on se prend ce nouvel aplomb directement dans la tronche avec un format court, direct et dense qui est très emblématique de la liberté acquise dans le processus créatif du groupe.


Alors même si les gimmicks newaveux (delay de la guitare, chants un peu plaintif et « échoifié », boite à rythme « cheap ») sont présents, ce sera toujours pour mieux jouer avec, les détourner ou les pousser dans des terrains qui autrefois étaient évidents pour les groupes et le public, mais qui depuis se sont vus entourés de murs quasi infranchissables entre les scènes. Ainsi, Jenn se paie de fréquentes excursions guitaristiques dans des riffs très punk voire metal ou heavy (« Black Dahlia ») au sein d'un style bauhausien énervé.


Mais l'élément de progression le plus incontestable reste le chant qui, en prenant plus d'assurance, arrive à se dégager de toute limite au point que nous ne pouvons jamais nous attendre à quelle sauce sera servie la prochaine strophe! À partir du registre « mélancolique » habituel, la voix d'Azia se fait tour à tour sévère, frénétique digne des années d'or du CBGB ou du Roxy (le terrible « Ease Your Life » par exemple), ou encore scandante dans un mélange de Siouxsie Sioux et de Mona Soyoc de Kas Product. Le mélange « voix enfantine » / « ton sévère et franchement énervé » est un des gros points forts du son de l'album, nous empêchant de nous asseoir confortablement dans un style douillet, pour nous bousculer et nous surprendre continuellement. On ressent de plus une marge de progression encore présente qui laisse présager de grandes choses pour le futur!


L'album a le mérite d'être homogène, mais en même temps plein de surprises et de promenades sonores diverses. Ainsi le très coldwave « THX », se voit paré d'un « Amen Break » très jungle qui le catapulte très haut au niveau rythmique et originalité. Ou encore « Out of My Flesh » avec son riff à la Sid Vicious.

En gros, vous écoutez l'intro de chaque morceau et vous vous dites « Ha oui, ça ressemble à... » et 30 secondes à 1 minute plus tard ce sera « Ho putain! ». La recherche de sons est totale et sans entrave. On sent que la seule directive du groupe a seulement été de faire de bons morceaux, tant pis si ça file la chiasse aux « puristes » ayant l'esprit aussi fermé que l'anus de Christine Boutin.


A défaut de réinventer la musique (ce qui est de toute façon impossible à l'heure actuelle), LME a réussi à digérer celles de la décennie « huit zéro » qu'ils affectionnent et à la régurgiter de façon homogène, surprenante en abolissant les préjugés et barrières intellectuelles malheureusement souvent en vigueur dans beaucoup de groupes.

Ils nous font aussi un cours d'histoire sur les véritables origines de cette vague musicale, faisant un gros majeur levé au révisionnisme ambiant que l'on rencontre dans les micro-scènes « dark » actuellement.


Suicyco



Les Modules Etranges - Turmoil
Date de sortie: Juin 2011
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