Gator Bait Ten - Harvester




Les chroniques de l’objet sont unanimes : « attention chef d’œuvre », « perle noire de 2011 », on en passe et des plus élogieuses. Comment se lance-t-on dans la review d’une telle réussite annoncée sans sombrer dans le plagiat, ni prendre le contrepied pour se démarquer ?! On commence donc par écouter la chose en boucle, et présenter les acteurs.


Gator Bait Ten , c’est la réunion de Kurt Gluck (Submerged, Method of Defiance, Blood of Heroes) à la basse, Simon Smerdon (Mothboy) à l’électronique, Ted Parsons (Swans, Prong, Godflesh, Jesu) aux percus, et M. Gregor Filip (un ingé-son connu pour son travail pour le cinéma – entre autres Ang Lee et les frères Cohen, excusez du peu) à la guitare et aux manipulations. Un 1° album introuvable est paru confidentiellement en 1999, jamais réussi à mettre la main dessus, je n’en dirai donc pas plus.


Still Heat by Gator Bait Ten

Chaque interview commence par « mais d’où sortez vous un nom pareil ? », la réponse est simple : il s’agit d’un film gore des années 80 où 10 fillettes sont jetées en pâture aux crocodiles, et le titre a fait tilt dans l’imaginaire des protagonistes…qu’on devine donc noirâtre et poisseux, façon sang coagulé au fond d’un obscur puits putride. Atmosphère, atmosphère …


Car c’est bien de ça qu’il s’agit : un long trip étouffant en 9 pistes labyrinthiques où l’ambient filmique et le drone claustrophobe le disputent au post-rock le plus inspiré (oui, le post machin chose réussit encore à m’ébahir, même si c’est de + en + rare). Très très difficile de parler d’un morceau en particulier tant le tout est cohérent et narratif. 

On pense aux Swans ou à Mogwai pour l’aspect monolithique du mur de sons, à Neurosis ou Cult of Luna (sans les voix) pour l’atmosphère lugubre, à Godspeed you ! black emperor ou Mono pour la montagne russe et la puissance évocatrice, mais le tout est d’une langueur extrême et d’une noirceur absolue, que ne renieraient pas Bohren & der club of Gore ou The Kilimanjaro Darkjazz Ensemble / Mount Fuji Doomjazz Corporation. 

On évite cependant l’immobilisme pachydermique du doom de Sunn O))) ou des premiers Earth. On pense à une descente aux enfers d’un bayou à milles lieues de la coolitude vampirique de True Blood, un voyage dans les bas-fonds de l’univers de Tom Waits ou du projet Blue Bob de David Lynch, un parcours initiatique shamanique à la Dead Man (Jim Jarmush) ou un passage irrémédiable de l’autre côté des rideaux de Twin Peaks, sans espoir de retour. 

Le tout me ramène sans cesse au vaudou glauque et poisseux d’Angel Heart, en version zombifiée. 

Cette musique raconte la perte volontaire des repères, l’engloutissement dans un vide intérieur, la fascination pour la brume cotonneuse. Les guitares vrombissent, noyées dans l’électronique, les basses ronflantes génèrent l’angoisse des profondeurs, il est impossible d’identifier l’origine des drones, et les percussions renforcent l’hypnose.


Certains s’ennuieront, ou refuseront de sauter dans le gouffre ; mais pour ceux que l’aventure sonore tente, il y a une véritable expérience à la clef. La pochette, énigmatique au possible, avec ce visage en déliquescence, qui évoque un green man de cauchemar, est assez représentative de la fascination qu’exercera Gator Bait Ten sur l’auditeur.


Noiz'

Gator Bait Ten - Harvester

Date de sortie: 29/03/2011

Label: Ohm Resistance

myspace: http://www.myspace.com/gatorbaitten

Comander: CD / Vynil


Retour aux reviews                                                                                                        Back to the top

                                                                                             
      


Comments