CHRYSALIDE - DON'T BE SCARED, IT'S ABOUT LIFE,





 Est-ce qu'on la fait cette intro sur les risques du second album après un premier coup de maître? Bof non, c'est chiant. La seule chose à ajouter au sempiternel couplet est que tout ça ne change pas vraiment dans les styles musicaux les plus pointus. Bah oui: là aussi, on va vous attendre pour que vous fassiez le même album parfait mais en mieux et différent s'il vous plaît!


Alors la recette? Il n'y en a pas vraiment, sauf de vous envoyer gentiment vous faire foutre, vous public adoré et que l'artiste fasse simplement ce qu'il a envie de faire. C'est de toute façon la ligne de conduite depuis toujours des "frères Co" (Arco et Syco) de CHRYSALIDE.


C'est vrai que LOST IN A LOST WORLD avait été une monumentale claque dans la gueule, que les live tuaient (et tuent toujours!), suscitant l'envie et l'attente grandissante d'une suite des aventures du duo. Ledit duo (devenu trio entretemps avec l'arrivée d'Amnesy), perfectionniste et hyperactif dans l'âme, a maintes fois repoussé le nouvel album, initialement prévu aux alentour de l'été 2010. Ce qui a bien entendu accentué la pression pour nous, sales enfants gâtés et impatients.


L'attente ne sera plus qu'un souvenir: Don't be scared, it's about life sort ce mois-ci! Et selon moi, c'est l'album qui à ce jour porte le mieux le nom de leur label Audiotrauma. Pas dans sa violence – peu sont encore traumatisés par cela – mais plutôt par son audace et le choix de ses arrangements! L'incorporation d'Amnesy dans la bande, tout d'abord en support pour la scène puis comme membre à part entière, s'est révélée essentielle à mon sens: l'efficacité des concerts s'en trouve maximisée, mais son énergie et son implication – directe ou indirecte – ont grandement participé à la richesse sonore et éclectique du nouveau crû de CHRYSALIDE (et ne parlons pas de l'aspect visuel porté quasi entièrement par lui!).


CE N'EST PAS LOST IN A LOST WORLD BIS! Voilà c'est dit et c'est tant mieux. Encore une raison de pas attribuer de note lors d'une chronique car Don't be scared... est différent. Pas meilleur ni moins bon, juste différent comme on l'espérait pour être encore plaqués au mur par ce groupe.


Plus hétérogène que son prédécesseur (ce qui veut aussi dire plus varié), il est aussi plus agressif dans l'ensemble. Les effets vocaux sont également beaucoup plus diversifiés, allant du "skinny puppesque" au metal hardcore voire au deathmetal avec même plus d'electro (ou « hellectro? »). Un peu comme s'ils avaient brisé les dernières – rares – entraves vers une liberté totale et une véritable rage contre la machine.

Ces observateurs d'un autre monde reviennent, et ils ne sont pas contents que l'on n'ait pas écouté leurs avertissements du premier opus. Désormais, ils gueulent vraiment!

L'album est en outre très personnel, avec de vrais bouts de tripes à l'intérieur – raison des retards et d'un accouchement un peu douloureux. C'est beau de constater dans beaucoup de morceaux la résultante de 3 ans de rencontres, coups de coeur impropables et expériences heureuses ou malheureuses. Si je vous dis que "Give Me Something Stronger" est un mélange surprenant mais incroyablement réussi de Bring Me The Horizon et Ambassador21? Non non! Revenez! C'est ça le tour de force de l'album!

Au vu de cet exemple, vous comprendrez qu'il vous faudra vous attendre à tout et peut-être vous préparer à plusieurs écoutes, l'effet "choc" s'étant alors dissipé. CHRYSALIDE ne vous mâche pas le travail, va forcer votre esprit et vouloir élargir au maximum votre champ d'écoute. À vous de les laisser faire en abaissant toutes vos barrières et idées reçues... ou pas...


Bon...on parle des morceaux?


Le morceau d'intro "Who's still alive", digne d'une entrée scène pour les live, nous donne la mesure de leur colère des prochains morceaux quant à l'apathie du monde face à ses grands désastre humains. Si les 4 morceaux suivants pourraient laisser croire à une suite logique de Lost in a lost world, ce n'est qu'une illusion tant le ton et les lyrics ainsi que la musique ont augmenté en hargne! De la déclaration de mise à mort de l'économie boursière de "Traders must die", au très libertairo-nietzschien "I do not divert eyes" – surtout ce morceau! -, en passant par le constat désabusé de la jeunesse actuelle de "cybernetic babies", le groupe a plus œuvré comme une version machines du rock extrême (metal,trash, death – dans les voix mais aussi via l'utilisation de double kicks et de sons de guitares).


« Anger is a show » a été le premier extrait de l'album et passe beaucoup mieux ici, dans la continuité de l'ensemble (le premier single étant toujours la cible de toutes les attentes et comparaisons). Le rythme qui semblait lent – peut-être un clin d'oeil au désormais omniprésent dubstep – prend ici tous son sens.


« Fucking Doubt » n'est pas qu'un morceau mais une putain de chanson (serait-ce pour cela que les effets de voix se font plus clairs?) très introspective – peut-être personnelle – sur une fatigue de se battre que tous ceux ayant un idéal ont déjà connue.

Des rythmes lents, lourds et sales font quelques fois des liaisons vers un dub renvoyant à Scorn (il aurait surement dit « plus de basses » héhé) allié à un Broken Note « darkerstep ».


Beaucoup se demanderont que vient faire l'instrumental « Let the bombs fall ». ils ont peut-être raison, mais force est de constater que c'est un très bon pont entre le ton du morceau précédent -et ...de la bombe qui suit.


Parlons donc de ce « Let's talk about this during diner », et puisqu'on entre dans la partie « nous faisons ce que nous avons envie de faire et on s'approprie tout ce que l'on veut en le mettant à notre sauce » voici du rap messieurs dames! Bien sûr, vous doutez bien que ce « Chrysalo-Hip Hop » n'a rien à voir avec du wesh wesh mais lorgne plutôt vers un phrasé crossover, reminiscence de cette période des années 90, qui ferait penser à des « screaming beastie boyz » période « Check Your Head »-« Ill communication » en version industrielle. Là aussi le thème vaut le coup de s'attarder sur les propos, prenant comme alibi un simple événement de convenances mais réfère surtout à la difficulté d'ouvrir les yeux des gens normaux sur des problèmes évidents.


Changement d'ambiance, d'humeur, de ton pour ce « Lizzie and the charming prince » construit comme si Marilyn Manson chantait le morceau triste et désabusé d'un Tommy du 21ème siècle. Déstabilisant...et émouvant.


Revenons dans une atmosphère plus « conventionnelle » pour le groupe avec peut-être ce nouvel hymne pour les freaks, « Not my world ». Sorte de guet-apens sonore, surtout juste après « Lizzie », le violoncelle nous cache le « morceau efficace ». Par cela je veux dire que « not my world » est implacable (impossible de ne pas bouger dessus) mais, peut-être, plus accessible que le reste. Les sons sont un peu plus electro, le chant plus conventionnel dans sa structure (rassurez-vous ça gueule toujours) avec même un backing vocal rappelant un skinny de « The Greater Wrong of right ». Mais non, ce ne sera pas le track dancefloor du CD puisque le très peu straight edge « give me something stronger » - sûrement une ode à la vitamine C - arrive ensuite!

Comme évoqué plus haut, CHRYSALIDE, en roue libre, se réapproprie les codes du dancefloor dark en plaçant un morceau carrément screamo style Bring Me The Horizon (écoutez « Diamonds aren't Forever » véritable bande son de leur tournée 2009-2010) à la sauce techno-hardcore de leurs amis Biélorusse d'Ambassador21. La 1ère minute d'écoute verra un « Putain qu'est ce que c'est qu'ce truc! » sortir de nos bouches effarées. Il est vrai qu'on a du mal à la première écoute, mais on se dira ensuite que l'incursion de CHRYSALIDE sur le terrain des Hocico et compagnie ravage encore tout dans ce genre et fait passer les groupes de ce style pour des petits joueurs!

Ce sera le morceau que tout le monde dira dénigrer, mais dansera frénétiquement lorsqu'il passera, héhé!

Après le noise de "Last Candle", vous aurez droit...à 4 secondes de blanc avec "Gemini"!  Ne vous posez pas trop de questions, mais allez plutôt voir dans le livret (morceau téléchargeable avec un code).


Revenons sur terre avec le court et presque slam « They won't get us », servant de mise en place, via cette proclamation d'une violence contenue, à « 2010 », année du commencement de la fin selon eux. Sorte de marche post-apocalyptique qui serait scandée par une masse marchant sur les piliers et les dirigeants de notre société, « 2010 » revient en zone relativement connue pour les auditeurs.


La conclusion de l'album tout en noise très agressive - comme la conclusion inévitable de tous ce qu'il ont pourtant chercher à dénoncer - se termine, après une belle déclaration de haine, par la seule issue possible.......BOOOOM....

Be scared a little bit anyway...



Suicyco


Chrysalide - Don't be scared, It's about life

Label: Audiotrauma

Date de sortie: avril 2010

Sites: Myspace

Commander: CD1D.com (Digital et CD)

                    Ruff-Tang Shop (CD)



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