Black Lung - The Soul Consumer




A travers ses différents groupes (Snog, Soma) et son projet solo Black Lung, l’Australien David Thrussell nous a déjà prouvé à maintes reprises qu’il était un musicien aussi inventif que décalé, véritable ovni au sein de la scène électronique underground. Une autre chose qu’il n’a pas manqué de nous prouver au passage, c’est qu’il est totalement fêlé.

Pour ceux d’entre vous qui en douteraient encore, ou qui n’auraient pas encore eu vent de ses travaux, ce nouvel opus de Black Lung semble être l’opportunité idéale de vous plonger dans l’univers déjanté de cet artiste hors-normes.


Là où Snog explore des terrains plutôt electro-pop et où Soma s’aventure plutôt du côté de la recherche de sons et des ambiances cinématographiques, Black Lung officie dans un registre électro-industriel / technoïde. 

Cela dit, loin de rester prisonnier des codes habituels de ce genre, Thrussell y incorpore une multitude d’influences, allant de l’ambient à l’expérimental en passant par le noise et la musique de film (en l’occurrence celle d’un film imaginaire dont on ose à peine imaginer à quoi il pourrait ressembler, tant la musique suffit déjà à générer des atmosphères dérangeantes à souhaits). On retrouve même dans certains morceaux tels que « Symphony for the Damned » et « The Ebullient Memorial » des relents symphoniques qui s’intègrent étonnamment bien à cet ensemble hétéroclite.


La thématique centrale de The Soul Consumer est la fascination pour la chair humaine et le cannibalisme. J’ignore si Thrussell s’est déjà personnellement adonné à ce genre de pratiques, mais j’avoue que de sa part rien ne me surprendrait. Toujours est-il que le bougre a décidé de dédier un album entier à tenter de nous faire partager son intérêt pour la chose, et force est de constater que le pari est plutôt réussi, tant l’impression qui se dégage de l’album a quelque chose d’organique, suintant et malsain. 


Cette obsession de la chair pourrait en quelque sorte évoquer une réponse sonore aux premiers films de David Cronenberg. Mais les soundscapes glauques et les nappes de sons saturés ne volent pas non plus la vedette aux rythmiques, parfois technoïdes et parfois même plutôt poppy, mais toujours terriblement accrocheuses (« The First Tender Cut », « Curdled on Waxen Floors »). 


Cette facette du travail de Thrussell aurait pu tendre à le rendre légèrement plus accessible, mais soyons honnêtes : la musique de Black Lung est tout sauf accessible, nous prenant sans cesse par surprise et nous entraînant dans des directions inattendues, que ce soit au niveau des structures ou des sons. Pour la saisir, l’auditeur n’a de choix que de se plonger corps et âme dans les méandres décadents et vicieux de l’esprit de son créateur…. Le genre de voyage dont on ne revient que rarement indemne.


Raoul Duke


Black Lung – The Soul Consumer

(CD album, Ad Noiseam, 2010)

Myspace

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