The Young Gods

(13/04/2011)



C'est avant leur concert du botanique du 13 avril que nous avons rencontré les 4 jeunes dieux. Heureusement, que c'était avant d'ailleurs car je crois que nous n'aurions pas été en état après une prestation aussi juste et puissante! Toujours aussi sympas et accessibles, Franz Treichler et Bernard Trontin nous ont parlé de leur actualité, bien sûr, avec leur nouvel album Everybody Knows, mais aussi de leur approche de la musique et de son univers. Les photos sont celles du concert venu ensuite.


ALA: Everybody Knows est moins "agressif-noise" que super ready, plus aéré mais surtout plus électronique... Est-ce que ça vient d'une réaction à vos récentes expériences lives (knock on wood,etc...)

Franz Treichler : oui effectivement, je pense que Super ready en 2007 était volontairement très rock et assez noisy. Ensuite, on eu a eu avec toutes ces expériences, des utilisations de nouveaux instruments et des nouvelles manières de travailler. On a pu essayer d'aller dans plusieurs directions grâce à plusieurs choses. Il y a eu "Knock on Wood" avant, et Vincent (ndlr:Hänni) - qui est "nouveau" si tu veux – qui a participé à la compo. Donc Forcément, ça amène des idées nouvelles, on essaie de donner de la place à tout le monde.

C'est un album qui est très collectif, donc c'était un gros point d'interrogation. C'était très expérimental dans la manière de composer. ça s'est mis en place un peu comme un puzzle, et le résultat était aussi un petit peu mystérieux pour nous! On ne s'est pas posé la question de savoir comment on allait le jouer sur scène avant de le composer. Alors que lorsqu'on était en trio, on se posait toujours la question. On disait "Bon Alain, il n'a que 10 doigts..." (rires). Éventuellement, je peux sortir une guitare et tout, mais je ne suis pas à ce point à l'aise pour tenir tout un set.

Ici, on s'est éclatés, on a composé sans se poser trop de questions, et il y a eu ce désir d'inclure l'acoustique.


Bernard Trontin: Et puis Super ready était vraiment axé sur la scène justement. On l'avait joué en grande partie sur scène avant d'entrer en studio. Alors que là, rien n'avait été joué sur scène, tout a été créé en studio.


FT: On avait envie de faire quelque chose comme ça. L'album acoustique est tombé un peu au milieu de nulle part. C'était une commande à la base. Ça nous a beaucoup plu: on a d'abord enregistré live, puis on s'est dit que ce serait bien avec des bons micros tu vois. Mais on avait déjà l'intention de se diriger vers quelque chose d'acoustique et machines.

Le fait d'avoir d'avoir fait Knock on Wood qui était plus acoustique qu'autre chose – pas beaucoup de machines sauf 2 ou 3 ambiances – a un peu exorcisé l'envie. Et donc sur Everybody Knows, on est revenus sur quelque chose de plus machines, disons.


ALA: Il y a certains morceaux qui me rappellent pourtant l'univers de Super ready. Par exemple (le plus frappant pour moi), c'est "tenter le grillage". C'est une sorte de trait d'union au milieu des nouveaux morceaux avec leur nouvel nouvel esprit.

FT: En fait, il y a des choses qu'on a effectivement enregistré peu après les sessions de Super ready, parce qu'on avait pas mal de matos.

Notamment « tenter le grillage » c'était un des thèmes qu'on avait en rab, et avant de partir dans l'expérience acoustique, on s'est dit qu'on allait enregistrer les idées qu'on avait, sans se soucier du résultat mais juste les mettre sur « bande » pour ne pas les oublier parce qu'on savait qu'on allait faire 2 ans dans d'autres projets, donc si on s'y remettait après, les idées, on ne les aurait plus.

Il y a aussi d'autres choses, comme certaines rythmiques de « Miles Away » par exemple, (à Bernard) aussi ton morceau « No Man's Land »....


BT: ouais, ça aussi c'était une idée qu'on avait eu avant.


FT: Donc en fait, les trucs un petit peu plus rock datent de cette période là


ALA: Et justement, on aurait pu se dire que l'intégration de Vincent à la guitare aurait donné un son plus dur, à la « Tv Sky ». Est-ce que c'est le cas au niveau du live ou c'est plus proche du son de l'album?

FT: C'est très rock ce qui va se passer ce soir! Mais Vincent, notamment dans « Tv Sky », était très brut, c'était dû aux sampling. À partir du moment où tu as des guitares, des vraies, des « trucs à cordes » comme il disait hier soir (rires), la question est comment intégrer ça avec les machines! Parce qu'avant l'équation était simple: c'était Alain (ndlr: Monod: clavier, samples, guitare) et Bernard la section rythmique. Puis maintenant, tu as des basses, des guitares live...

Quelques part, c'est moins tranchant, mais ça laisse plus de liberté. C'est plus « acrobatique ».


ALA: ce sont essentiellement des grattes électriques qu'il joue en live?

FT: Oui, il ne joue que des électriques. Mais il joue du sampler aussi.


BT: Et de la basse! Il est multi-instrumentiste!


FT: Les acoustiques en fait, c'est moi qui les joue. Sur « Blooming » ou « Miles Away » ou « Introducing »


ALA: Et il a été partie intégrante de l'écriture pour ce disque?

FT: Ouais, à fond.


ALA: ça a changé pour vous fondamentalement votre processus de travail, ou il s'est intégré de manière fluide?

FT: ça change dans le fait que tu as envies que tout le monde soit là dans la compo. Donc, plus il y d'idées plus il faut les fédérer. J'essaie que tout le monde s'y retrouve parce que c'est là que c'est intéressant.

Même si quelque fois, il y a des idées qui ne sont pas forcément compatibles, si tu cherches bien il y a toujours un moyen pour que ça cohabite et que ça donne quelque chose de « plus » par rapport à l'idée de départ. Tout le monde est sur tous les morceaux, carrément.


ALA: Et à la base, comment Vincent est venu dans les Young Gods?

FT: A la base, c'était sur le projet Woodstock.


BT: On a fait ce projet où l'on jouait sur une version remontée du film et on avait besoin de musiciens supplémentaires pour l'occasion. Lui, on le connaissait d'expériences précédentes. (à Franz) Toi tu avais fais un stage de musique électronique avec lui, moi j'avais joué avec lui dans d'autres projets avant. On connaissait donc son talent de multi-instrumentiste et sa musicalité, c'est à dire qu'il pouvait apporter des idées en plus de savoir faire énormément des choses!

Et puis l'expérience a été tellement concluante, non seulement musicalement mais aussi humainement, que lorsqu'il s'est agit de faire cet album acoustique, on avait aussi besoin d'un musicien et il était parfaitement capables de jouer ce rôle.

Et puis, on s'est dit « Pour le prochain album, où il ne s'agira pas de seulement faire des arrangements de trucs qui existent mais de composer, et bien on va le faire aussi avec lui ».


ALA: Revenons au titre « Everybody Knows ». Mis à part le clin d'oeil à vos anciens titres, mais...

BT: KissingThe Sun tu veux dire?


ALA: Oui mais aussi sur Super ready, il y a aussi « Tout Le Monde Le Sait ».

FT: Ouais c'est vrai! C'est récurrent chez moi. Et bien je n'y avais même pas pensé sur Super ready tu vois!


ALA: Mais surtout lorsque je regarde la pochette avec cette ville à l'envers, j'ai l'impression que c'est « tout le monde sait que tout va de travers, mais tout le monde s'en fiche... »

FT: C'est un peu le sens premier, c'est à dire le monde a perdu son sens, son bon sens, qui est sens dessus-dessous... Et puis effectivement tout le monde le sait, maintenant. Alors après, tu as plein d'autres questions qui peuvent se développer: comment tu réagis en tant qu'individu, qu'est ce que tu fais, comment tu te situes dans un monde comme ça etc.. c'est ça le sens premier.

Après, c'est toujours un peu une tradition d'avoir dans les textes plusieurs interprétation possibles.


Jeremy Narby, l'anthropologue avec qui on avait fait un projet amazonien, lorsque je lui demandais ce qu'il pensait du titre m'a répondu que c'est super car maintenant c'est prouvé dans le monde scientifique que le savoir ce n'est pas quelque chose qui est seulement inhérent à l'être humain, mais que les animaux ou les plantes ont un savoir également, et donc tout le monde sait!

Everybody Knows, c'est aussi « tout le monde sait » en même temps que « tout le monde le sait » , tu vois. Donc tu peux jouer sur les 2 sens.



ALA: Et lors des précédentes fois quand tu utilisais ces mots, dans Kissing The Sun ou autre, c'était porteur du même sens?

FT: oui tout à fait. « Kissing The Sun », t'approches la boule de feu...Everybody Knows...


ALA: Et même avec « tenter le grillage », même si vous l'avez écrits il y a quelque temps, ça colle vachement à l'actualité!

FT: Ouais, ça c'est un texte très littéral. Ça m'avait choqué, c'était un documentaire que j'avais vu sur ARTE je crois.


BT: Mais si la musique a été composée, pensée il y a un petit moment, les textes sont plus récents.


FT: oui c'est vrai, t'as raison.


ALA: Intégrer des expression comme « Un truc de malade » qui est plutôt une expression de teenager d'aujourd'hui, c'est pour la musicalité des mots que tu les as choisi ou est-ce qu'il y a un sens particulier?

FT: Ouais c'est pour l'impact des mots. Mais c'est une belle expression aussi je trouve. Quand on s'habitue à des expressions, quelques fois on ne pense même plus au vrai sens qu'elles ont.


ALA: Tu te sens proche de la démarche de quelqu'un comme Mike Patton qui choisit toujours les mots pour leur consonance plutôt que leur sens?

FT: C'est à mi-chemin car c'est difficile de chanter des mots qui ne sonnent pas, bien entendu. Mais c'est vrai que pour moi c'est important que ça dise quelque chose, enfin ça dit quelque chose pour moi et pour d'autres ce sera moins compréhensible. C'est quand même la motivation première.


ALA: Une questions peut-être subjective: Lorsque j'ai écouté le dernier album j'ai eu l'impression qu'à chaque fois que je l'écoutait, j'avais une sensation, une impression différente. À chaque fois comme si c'était un album différent! On a souvent cette sensation suivant ses humeurs, le temps qu'il fait pour plein d'albums, mais ici c'était vraiment systématique et régulier. C'est un disque caméléon?

FT: c'est vrai? Moi j'appelle ça multi-couches (rires). Dans le sens où des fois tu vas plus focaliser ton attention sur la voix, sur le rythme, et tu passes à côté de détails. Et puis une autre fois, ce sont les détails qui te sautent dessus.

Pour cet album, il très riche au niveau des textures, mais très simple au niveau de l'écriture.


BT: Mais il y a beaucoup de détails dans les arrangements et la prod que l'on ne va pas apercevoir tout de suite.


ALA: Je trouve aussi qu'il y a un feeling de voyage qui ressort de cet album. Est-ce que c'est un processus conscient? Peut-être après avoir beaucoup tourné, voyagé?

BT: Il y avait en tout cas une différence dans la conception de l'album où l'on n'a pas voulu avoir une unité de sons, comme il y avait dans les 2 précédents par exemple. Tu vois, on tournait autour d'une certaine forme de...tu vois, beaucoup de guitares saturées dans Super ready... Ici on s'est laissé libre choix d'un morceau à l'autre de pouvoir partir dans des choses très différentes: acoustiques, électroniques, guitares, des percus, de la batterie...

Et effectivement du coup, c'est un peu plus bigarré, patchwork que ça a pu l'être dans certains albums précédents. Et d'où peut-être ce sentiment de voyage, de passer d'une ambiance, d'une époque à l'autre


FT: Il y a beaucoup d'espace aussi. En fait c'est assez chargé quand même, mais au niveau des choix des sons, tu as tout de même beaucoup d'espace dedans.


ALA: Et au niveau de la production, c'est toujours Roli Mosimann depuis Super ready?

FT: Alors, Super ready, il l'a mixé. On l'avait enregistré et produit nous-même. Par contre sur Everybody Knows, il était là dès le départ pour le processus d'enregistrement, les choix des sons de batteries,...


ALA: J'ai vu dans des critiques qu'il avait même joué des percussions et des claviers. C'était aussi au niveau écriture, ou il a joué des choses que vous aviez écrites?

FT: Oh il a joué des trucs à lui aussi, il a proposé des choses.


ALA: Vous aviez déjà fait cela par le passé? D'intégrer le musicien en plus du producteur?

FT: ça a toujours été bienvenu quand c'était de bonne idées!


BT: Il n'avait pas déjà joué de la trompette?


FT: Ouiii! Il a joué de la trompette une fois, c'était sur le premier album! Il a fait beaucoup d'arrangements de batterie aussi, sur l'Eau Rouge par exemple.


BT: En fait lui, son rôle n'est pas défini au point qu'il « commence là et s'arrête là ». S'il a une idée qui déborde du fait de juste mixer, il va y aller! Tout est bienvenu bien sûr!


ALA: Comme vous aviez souvent dit qu'en studio vos rôles n'étais pas défini comme ils le sont sur scène, ça a été comme ça aussi pour Vincent? Il a joué de plusieurs instruments?

FT: Oui. Tu vois, le gros du problème dans cette session studio, c'était d'éliminer des choses. On avait des nombres incroyables de pistes. Vincent...et Roli aussi: quand il enregistre une guitare, tu as, je sais pas, 12 pistes quoi! Pour une prise! Dans le sens tu as 2 micros sur l'ampli, 1 dans la room, 1 autre en stéréo!

Au bout du compte, je n'arrivais pas à ouvrir les sessions! Quand il a fallu trier tout ça sur le matos qu'on a nous, on n'avait pas assez de dsp, c'était à chaque fois jongler avec tout ça.

Ça donnait aussi des choses intéressantes, par exemple sur « Once Again », Vincent avait fait une partie guitare acoustique pour voir ce que ça donnait. Une idée, 2 idées,etc... et on laisse aller, créatif créatif. Mais après il faut trier. C'est là le gros du boulot.


Mais du coup, il y a eu des trucs très marrants! J'ai pris des solos qu'il avait fait sur « Once Again », que j'ai inséré dans « Miles Away ». Autre rythme, autre tonalité. Et je l'ai pris, je l'ai un peu trituré la tonalité du morceau. C'est quand il y a ce changement dans le morceau, où on passe à autre chose vers ce solo de guitare. Et bien c'était un solo qu'il avait fait sur un autre morceau. Quand il a entendu ça, il a dit « mais j'ai pas joué sur ce morceau! », je lui ai répondu « Ben justement! C'était d'autant mieux non? » (rires).


ALA: En parlant de matos, il y a des nouveaux outils que vous avez découverts et qui ont contribué au son de l'album?

FT: Je dois t'avouer qu'on s'est retrouvé pour les prises pendant 10 jours ici, à l'ICP (Bruxelles), et là il y a un parc d'instruments je n'ai jamais vu ça! Ils ont des armoires de pédales de guitares, ça fait tout le mur! Au niveau des grattes acoustiques aussi, Vincent s'en est donné à cœur joie!


Maintenant au niveau informatique, il y a 2 ou 3 choses pour lesquelles Vincent a contribué. Il est un peu « nerd » comme ça. Il a conçu des programmes de granulation et des choses de ce genre. On a aussi un pote, Hervé Provini, qui est batteur expérimental qui lui aussi conçoit des programmes de malade, qui réagissent en direct. C'est Alain ensuite qui s'occupe du côté « informatique ».


BT: Pareil pour la batterie lors des séances ICP! Il y en avait un nombre tel qu'on changeait même plusieurs fois de batterie dans un morceau. On remplaçait la batterie par un set de percussions, tout ce qui nous venait à l'esprit. Je crois qu'on a à peu près tout utilisé!


FT: Tu sais, ces bruits sur « Introducing », ce sont des balais de batterie sur les pierres du studio et dans l'air! Ça sonne très électronique, mais en fait ce sont des balais!


ALA: Vous continuez à sampler les bruits de la nature, etc...?

FT: Oui, oui! Mais tu vois, ce qui est différent avec l'époque du début du sampling, c'est que les appareils étant beaucoup plus flexibles, on n'est plus en train de couper des trucs de 2-3 secondes qu'on « loope ». On travaille maintenant sur des choses plus longues qui se répètent moins. On essaie qu'il y ait ce côté encore plus organique.


ALA: J'avais reçu le fameux box des 3 concerts pratiquement en même temps que l'album. Désormais, si on me demande « c'est quoi les Young Gods », je ferai écouter ou visionner le box des 3 concerts car je trouve qu'ils retracent bien d'un côté votre style mais aussi votre propension à l'exploration musicale. Est-ce que la description de votre démarche et de votre groupe par un ou des lives - mais quels lives - est quelque chose qui vous convient?

FT: (Dubitatif) hmmm si tu veux, là où je suis content, c'est que le concept de la Rote Fabrik (ndlr:le live Super ready/Fragmente Tour à Zurich) rend bien l'essence du groupe. Parce que si tu donnes la box et que tu dis « c'est ça les Young Gods », ça veut dire que les 2/3 c'est autre chose que ce que l'ont fait vraiment.


ALA: Je parlais plutôt de la démarche, de l'état d'esprit

FT: Alors oui. Tout à fait d'accord.


ALA: Pour Dälek, c'était un projet de commande pour les Eurockéennes. Et Pour l'Orchestre de Lausanne?

FT: C'était une carte blanche du Festival de Montreux pour les 20 ans du groupe. Sur 2 jours. Mais ce sont eux qui nous ont suggérés le truc, car ils incluaient chaque année le Sinfonietta dans le projet. On a sauté sur l'occasion parce que c'était une manière d'avoir des cordes en live sur tout ce qu'on avait samplé.

Ce n'était pas facile par contre car c'est quand même 2 mondes qui se côtoient peu. Dans le monde académique, ils sont très chiant. Pas au niveau des personnes, mais techniquement c'est super carré, mais c'est normal. S'ils ne s'entendent pas ensemble, ils vont jouer faux. Et toi tu dois faire des tas de compromis par rapport au volume, tu dois jouer avec des monitors.


BT: Et on n'avait pas beaucoup de temps! Ils font le travail de telle heure à telle heure, des services ils appellent ça. Tu dépasses de 10 min, c'est la crise!


ALA: Ce sont 2 commandes très différentes qui font le grand écart entre le hip hop et la musique classique. Vous avez retenu des choses pour des futures compos? Peut-être en hip-hop pour la rythmique?

BT: Moi j'ai adoré jouer avec ces mecs (ndlr: Dälek), vraiment ça m'a éclaté! C'était vite fait en plus! On s'est bien entendu, on s'est bien compris. Ces gars-là ont une culture musicale incroyable! Ils connaissent les trucs européens presque mieux que nous!


FT: Un de leurs groupes favoris c'est My Bloody Valentine tu vois! (rires)


BT: Je me rappelle lorsqu'on était sur la route – on a fait 6 ou 7 dates pour ce projet -, on était dans la même voiture que Dälek, le chanteur, qui mettait la musique. C'était chaque fois intéressant! On était ravis parce qu'on entendait des trucs bien et qu'on ne connaissait souvent pas! Et ils n'ont pas peur de sortir complètement du cadre qu'on imagine du « Hip-hopeur » New Yorkais.


ALA: Et au niveau collaboratif, il y a d'autres rencontres qui déboucheraient sur des collaborations futures?

FT: Ouais là c'est un truc balèze! C'est un trio de Jazz expérimental, des vieux briscards suisse: Koch-Schütz-Studer.


C'était improvisation totale. Il n'y pas de base, on ne sait pas du tout ce que l'on va faire une fois que l'on arrive sur scène. On s'est vu 2 ou 3 jours dans un endroit où l'on a simplement joué ensemble pour se connaître. C'est parfois totalement magique, parfois un peu laborieux, mais c'est passionnant! Ce sont des mecs qui ont pratiqué ça toute leur vie. Ils ont une maîtrise de ça, des réactions mais aussi de la proposition. D'aller avec ou contre, toujours en mouvement!


ALA: Je me souviens d'un truc dont on avait déjà parlé dans le temps, de faire de la musique avec Mike Patton? Mais vous n'êtes plus chez Ipecac maintenant?

FT: Non. Ni Knock On Wood, ni Everybody Knows ne les ont intéressé...et ni le projet avec Dalëk, ce qui est un peu dommage pour 2 groupes qui étaient chez eux.


ALA: Et les contacts avec Patton en tant qu'artiste?

FT: J'en ai moins depuis un bout temps. Je ne sais pas si il est gêné ou qu'il est toujours trop busy. Ils auraient peut-être des problèmes avec le label, je sais pas trop. C'est ce qu'il disent en tout cas, qu'is ont dû refuser pas mal de projets qu'ils aimaient. On était dans le tas, voilà.


ALA: Et qu'est ce que ça fais de revenir dans une plus petite structure (two gentlemen), mais de passionnés? J'ai l'impression que eux c'est «on adore, on sort»!

FT: Ouais! Et puis ils ont pris beaucoup beaucoup de risques. Ça fait longtemps qu'on avait pas eu des gens qui prenaient autant de risques dans une maison de disques. Ils ont investi, ils ont payé le studio, tout tout tout!


ALA: En parlant de « l'industrie musicale », pour vous qui avez vu tout ça évoluer ou régresser sur une assez longue période, quel constat dressez-vous aujourd'hui?

FT: Difficile à dire! Pour les gens comme moi qui sont assez old school, il y a plein de choses à côté desquelles je passe parce que je ne suis pas à surfer des heures. J'aime bien être dans les rayons, me dire « putain, ça ça me plait »


BT: Il y a encore l'idée de l'album, le format. Tenir la chose pendant que tu l'écoutes. Et concevoir un album avec encore un début, un milieu et une fin, et pas seulement des morceaux interchangeables.

Je me suis vraiment demandé si c'était encore utile de faire un album dans ces conditions. Et après je me suis dis « non mais toi tu aimes ça! Donc plutôt de ne pas être content de ce qui se passe, et bien fais la chose comme tu l'aimes, et puis défend la! »


ALA: (à Bernard) Et tu continues le projet November?

BT: oui. Mais de toute façon, on ne fait pas de live. Enfin on en a fait un à la sortie de l'album, mais ensuite on a décidé qu'on n'en ferait pas plus. C'était trop lourd, on n'a ni le temps, ni les moyens. Mais par contre on a envie de faire un 2ème album, oui. Mais on n'a vraiment aucun stress.


ALA: (à Franz) Et pour toi? D'autres projets parallèles?

FT: Pour l'instant non. Là, nous faisons ensemble la musique pour « Kali », un cours-métrage de Regina Pessoa, une portugaise qui fait de l'animation. On attaque ça dans 2 semaines. C'est elle qui nous a approché après avoir utilisé des musiques existantes pour la démo et on a accroché.

Sinon oui, j'ai quand même une demande! C'est un des fondateurs des Gods avec moi, Cesare Pizzi, qui a un projet électronique, et il aimerait que je le produise.


ALA: Et Alain a toujours son projet sitar/ machines?

FT: Ben lui, il va carrément partir 6 mois pour apprendre le sitar! Il a reçu une bourse de la ville de Fribourg qui a une résidence d'artistes à Benares en Inde.

Donc, on va faire une pause d'août à janvier.


BT: Le temps qu'il apprenne le sitar! (rires)


ALA: Et après un album sitardes Young Gods...

(Rires)

BT: Haha! Non je crois que c'est son truc à lui.


ALA: Mais il y a déjà eu quand même une intégration de sitar!

BT: oui oui! Surtout dans l'acoustique!


FT: Il y a un vieil amour avec cet instrument! Même sur Kurt Weil. L'intro de l'opéra de quat'sous, il l'a faite au sitar. C'était samplé à l'époque. Après sur l'acoustique, il y en a plein! Même sur Super ready il y en a.


BT: oui, Stay With Us!


ALA: Et pour faire tout le monde, des autres projets pour Vincent?

BT: Il fait des musiques de films ou de spectacles surtout. Avec un pote à lui, depuis pas mal d'années maintenant.


ALA: Ah ça, ça peut être encore plus long que de faire un album!

FT: Oui car tu es tributaire de l'image. Et souvent les délais sont reportés, les montages aussi. Donc tu dois être super dispo. C'est pour ça que c'est difficile!


BT: Tu bloques une période, puis finalement c'est reporté. Mais toi tu ne peux pas bloquer une année entière! Donc des fois ça ne se fait pas parce que pour toi c'est trop tard et que tu es sur un autre truc.


ALA: Et tu dois faire 40 versions d'un morceau j'imagine!

BT: oui, ça dépend des metteurs en scène. T'as des gens effectivement qui ne sont jamais satisfaits, qui entendent autre chose, et toi tu dois deviner ce qu'il entend!


FT: Et toit tu fais tout le truc, et après il coupe la scène! (rires)


BT: Tu en as d'autres qui te laissent plus t'exprimer. Ils ont envie que tu sois créatif et c'est tout!


ALA: Et vous, sur des spectacles – théâtre ou danse, vous avez déjà fait des choses?

FT: Moi j'ai fais sur la danse.


BT: Et moi plutôt théâtre.


FT: Mais là dernièrement, on oublie d'en parler mais l'année passée, on a fait le Festival du Film Fantastique de Neuchâtel, où l'on jouait à 4 en live sur un film de 1969. Un truc de science fiction expérimental avec un extra-terrestre qui arrive en Suisse 2069. Et il se fait expliquer comment la société fonctionne, et c'est du genre big brother. Et il y a Giger dedans qui joue un espèce de scientifique malade. Et l'extraterrestre a été fait par Giger! C'est bien avant Alien mais tu sens déjà le truc!


ALA: Merci beaucoup et bon concert!

FT & BT: Merci à vous!


Propos recueillis par Raoul Duke et Suicyco


Young Gods

label: Two Gentlemen

Reverbnation

everybody knows (CD)

The Young Gods - The Box (3 lives - 3CD - 3DVD)


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