X MAKEENA

(Dour 15/07/2011)





Nous avons rencontré les gars d'X MAKEENA lors du festival de Dour. La formation fait sa tournée d'adieu après avoir réconcilié le hiphop avec la musique électronique et le rock. Précurseurs est peut-être un grand mot, mais il est indiscutable qu'ils ont fait trembler les scènes avec une musique qui maintenant éclate avec le Grime ou tout le courant electro-hip hop. Gros plan sur la bande et retour sur 10 ans de folies. Avec des photos de leur concert dourois.


ALA: Salut! On va commencer par les grandes questions originales: vous avez commencé quand?

Nico: ça fait un petit moment maintenant. On fêtes nos 10 ans à peu près en ce moment puisque le projet avait commencé en 2001. ça s'est fait étape par étape. Au début c’était une formation instrumentale, juste basse-machines. Après on a rencontré viking, un des MC. Très vite Says est arrivé et aussi Carlton, le danseur qui s'occupe du côté « personnages » du groupe.

Ça fait 10 que ça joue avec un rythme de plus en plus intense!


ALA: Vous veniez de quelle scène à la base? Hip hop ou autre?

Says: pas vraiment hip hop. En fait, on fait un son un peu hybride, au croisement du hip hop, du dub et de l'electro... Du coup on n'est pas vraiment d'une scène.


Viking: Stef et Nico, les 2 frangins, faisait du punk dans leur chambre.


Nico: Du punk de chambre! (rires)


Viking: Et nous on faisait du reggae-punk dégueulasse avec Says, Carlton et d'autres potes. Nico nous sonorisait. Du coup c'est pas vraiment défini, on écoutait plein de trucs différents... Et puis les cases et tout ça...


ALA: Qu'est ce qui vous a donné l'idée de faire ce mix de tout?

Nico: ça s'est fait très naturellement, sans préméditer le projet. Comme disait Vic, on écoutait de la Drum'n bass lorsque c'était bien vif, les hip hop indé qui débarquait, avec l'énergie du hardcore, du metal et du punk qu'on aimait. On ne s'est pas dit « tiens on va faire un projet comme ça ». On a fait des compos avec la tête et les tripes et ça a donné ça. Ça a plutôt été impulsif!

Et puis, la musique du projet a vachement évolué avec les années. En 10 ans du coup, on a exploré pas mal d'univers musicaux.


ALA: Quels contacts avez-vous avec le milieu hip hop, qui maintenant peut être très fermé?


V: le hip hop fermé c'est surtout le rap français, principalement. Dans le rap ricain aussi surement mais surtout en France je crois.


S: ouais, le « rap-rap » à 90 bpm. Justement on n'est pas de ce truc là. On a quand même croisé pas mal de mecs du milieu et ça le faisait.


V: c'est vrai que nous deux, on a un rôle de MC et il y a tout le travail d'écriture, de flow. On écoute du hip hop, on en écoute plein mais c'est souvent du hip hop « différent » si je puis dire!


ALA: Vous arrivez à vous faire programmer dans des évènements hip hop?

S: Pas trop non. Pour revenir à ce que tu disais avec les différentes scènes, on se retrouve plus dans des festivals mixtes où l'on joue avec du rock, du ska, du reggae, de l'electro,...


V: Du metal.


S: Ouais! On se retrouve dans des festivals comme ça. Pas des festivals des familles, pas de trucs spécialisés. Genre les gros festivals electro, on n'est pas dedans parce qu'on a une manière de jouer notre son electro de manière plutôt rock et donc on se retrouve dans des évènements où il y a différents sons...un peu comme dans notre musique quoi.


N: c'est vrai qu'au début, on était vachement dans une mouvance drum'n bass dans les sons... et on n'a jamais mis les pieds dans le réseau drum français, qui était vachement actif à l'époque! Et moi je trouve que c'est très bien. On a plutôt fait du festival où l'on allait à la rencontre de gens qui ne connaissaient pas ces styles là. Le côté mise en scène, ça les amenait à découvrir la musique, ça rendait le truc accessible.

Pour les « puristes », ça devait être trop métissé comme musique. Les mecs, ils veulent vraiment la drum qui se fait du moment, les vinyles anglais,etc... Donc nous, on n'était pas là dedans et c'est très bien comme ça.


V: Si ils sont pas contents, qu'ils aillent se faire biffler! (rires)


S: il y a ça et aussi le line up qui ne se prêtait pas à jouer dans les clubs, avec le côté scénique, la chorégraphie. X Makeena c'est un gars aux machines, un clavier, quelqu'un à la basse/guitare, 2 MC, un danseur. Tout ça dans la culture DJ, clubbing, c'est difficile!

Et en plus les décor! Là on tourne avec Rémy la bricole, on ramène du matériel de lumière, on a des pratiquables sur roulettes, des phares de signalisation,...


ALA: Et même au niveau du public! Il me semble que vous avez un public plus punkoïde qu'un public drum/hip hop!

N: Il y a aussi tout l'univers du groupe qui fait que ces mecs là se retrouvent. Tout le côté post-apocalyptique, les costumes,... qui parle à plein de gens! Et je sais qu'on arrive à accrocher ceux qui n'aiment pas forcément ce genre de zik, mais ça fonctionne parce qu'il y a tout ce côté scénographique qui est hyper important.

Ce qui nous a aussi permis de faire passer l'énergie à l'étranger, malgré la barrière de la langue tu vois.


ALA: Et justement, en Angleterre, je pense notamment au « Grime », et on va y revenir. Est-ce que vous avez eu des ouverture via cette scène?

N: On n'est jamais allé en Angleterre. Bizarrement on est souvent allés à l'autre bout de la planète où l'on ne nous attendait pas forcément, mais jamais à Londres par exemple, qui est la mecque de la drum, du grime et du UK garage.


ALA: Mais attends c'est dingue quand même! D'une certaine façon, vous êtes les pères du grime 5 ans avant l'heure!

N: C'est vrai que c'est un truc qui nous a vite botté. En France, il n'y a pas eu du tout cet engouement là, ni de groupe représentatif. On n'a pas voulu passer de la drum au grime du jour au lendemain mais c'est un peu inclut dans notre compo.


V: Mais c'est là que tu vois aussi que le rap français d'une manière générale est complètement renfermé. Tu vas en Angleterre, tu vois tous les MC qui se posent sur du dubstep ou des trucs comme ça. En France, il n'y en a pas!


N: c'est super cloisonné.


ALA: Enfin, il y a des bons MC qui le font, mais ils ne sont pas cités dans les médias.

V: ouais, c'est ceux qu'on croise sur la route. Ce sont des indépendants, qui font du home studio, qu'ont pas de thune...


N: Sauf qu'en Angleterre, ces mecs là finissent par sortir et avoir une vraie écoute. Le grime, que ce soit dans le super putassier ou le très indé, ils ont une énorme vitrine! Même les indés là-bas, ça sort, ça fait du bruit, ça passe sur la BBC.


ALA: Et en reprenant un peu ce sujet, vous n'avez pas l'impression d'avoir créé, semé des trucs qui maintenant marchent, que ce soit ici ou ailleurs comme en Angleterre et de ne pas en avoir bénéficié? Par exemple avec le grime et ce « son drum » mais aussi les relents plus lents, plus lourds qui ressemblent beaucoup à certains de vos sons. Maintenant ça marche à mort et vous vous arrêtez (on va y revenir aussi). Vous n'avez pas l'impression de ne pas avoir récolté vous-même ce que vous avez semé? Et de vous dire « Merde quoi! »

(Rires)

S: c'est une bonne question!


V: ouais, et c'est assez compliqué. Je ne sais pas si on a assez de recul pour se dire des trucs comme ça. Je pense qu'on a des petites frustrations, comme tous les groupes. Et vu que là on arrête, peut-être que là on peut regarder un peu en arrière et se dire ça. Mais en même temps, on en a quand même hyper profité! On a voyagé, on a fait des purs festivals. On n'a rien à regretter, mais maintenant, ces histoires comme le grime , on le voit plus par rapport à des gens qu'on connait et qui sont venu nous voir plein de fois, à qui ça a donné des idées et qui font de la zik, qui ont un projet maintenant. Des gens qui ont kiffé des morceaux ou de la scénographie et qui le reprennent à la sauce, comme nous on a pu le faire.


S: Vu de l'intérieur, c'est super dur!


N: En fait, tant mieux si on a une petite part de responsabilité dans certains projets, des idées ou des vocations. Y pas de regrets du tout. On met fin au projet un peu par fatigue d'avoir fait ça pendant très longtemps et très intensivement. En tout cas, il n'y a aucun regret de s'arrêter en se disant que ça pourrait marcher maintenant. Comme dis Vic, on a fait le truc à pleines dents, on a tourné partout, donc il n'y a pas de regrets à avoir.


ALA: C'est définitif ou alors vous pensez peut-être faire une pause, ou faire des projets parallèle?

N: Un peu de tout ça. On préfère annoncer une fin brute plutôt que de dire comme pas mal de groupe « on fait une pause » et c'est une fausse sans fin. On fait des dernières dates dans les pays qu'on a kiffés, où l'on a beaucoup joué, comme la Belgique, la Suisse ou l'Espagne. On clôt le projet et ensuite on voit ce qu'il se passe, mais on ne la joue pas fausse pause.


V: Et ça fais un an qu'on s'est dit « dans un an on arrête le groupe ». Pour nous, c'était histoire de se préparer, de se retourner. C'est réfléchi, c'est mûri. Je pense que tout le monde en a besoin à un moment ou à un autre.


S: On a fait ça durant 10 ans en ligne droite. Entre 20 et 30 ans, on n'a fait quasi que ça, et je pense qu'on a besoin de voir autre chose. On kiffe à mort ce qu'on a fait, on a adoré jouer, mais au bout d'un moment quand tu es dans le truc, tu ne sais plus vraiment où tu es, tu n'as plus trop de recul par rapport à ta pratique.


ALA: Et question side-projects?

V: Justement, pour nous , c'est l'occasion de...voir ce qu'on peut faire...d'autre (rires). Maintenant c'est encore un peu flou!


N: C'était un rythme qui était tel qu'on ne pouvait pas réellement développer d'autres projets. On avait essayé un petit peu. À part des choses très ponctuelles pour lesquelles tu fais 2 ou 3 dates grand max, c'est très compliqué. Même si ça pouvait être mortel, ça a fermé des portes à d'autres choses, et là c'est l'occase pour chacun d'être libre de faire ce qu'il veut et ça pourra être intéressant.


ALA: Et donc vus n'en profitez pas pour sortir un album...dubstep!

(Rires)

N: heuuuu...non! (rires)


V: peut-être dans des side-projects!


ALA: Quel est votre regard sur l'évolution de la musique – hip hop, electro, rock – de ces dernières années. Je parle au niveau qualité, mais surtout mentalité, ouverture et exploration à d'autres styles,...

V: J'ai l'impression que depuis 2 ou 3 ans, il y a une espèce de freinage. On a l'impression que tout le monde redevient frileux, avec chacun dans son coin. Et bon, de toute façon, socialement c'est comme ça aussi. On a bien divisé tout le monde pour bien régner et ça se ressent aussi dans la musique!

Tu vois c'est hallucinant que par exemple, zone libre avec casey, tout le monde en parle – attention j'aime bien! - en disant « wouaah la fusion du « vrai » rap de rue avec le rock » comme une révolution. Alors que ça a déjà été souvent fait par le passé!

Je trouve cela bien mais je trouve dingue que l'on fasse autant de foin autour d'un truc qui me paraît normal, mais qui serait désormais devenu exceptionnel.


S: ouais maintenant, il y a plutôt cette volonté de « réussite » plutôt que de faire ça de manière désintéressée, plus exploratoire. Des trucs à la « fuck », se croiser, faire des guests,...


N: Il manque un gros bordel révolutionnaire comme a pu l'être la gratte électrique qui ouvert toutes les musiques, ou bien le début de l'électronique. On vraiment fait le tour de ces 2 genres là qui ont été les 2 dernières musiques actuelles révolutionnaires. C'est vrai que là, ça fait plusieurs années que ça tourne un peu en rond. Le dubstep est arrivé pour donner un petit coup d'air frais au public drum qui en avait besoin, mais c'est pas une révolution.


V: T'as aussi 2 domaines différents. T'as le domaine de la musique en elle-même, le disque, enfin toutes la manières dont tu peux écouter la zik maintenant, et t'as la scène. Et la scène par contre, il s'y passe encore des choses. C'est encore un des seuls endroits d'expression où tu peux te permettre des trucs. J'ai l'impression que de plus en plus de groupes se disent « allez, on va vers la scéno! ».

C'est vrai que quand tu vois un mec derrière un laptop – on s'est déjà dit ça -, putain c'est chiant quoi!


S: Et y a des trucs qui apparaissent, comme Tobin par exemple! Là dessus, il y a des bonnes révolutions!


ALA: Il y a des choses que vous auriez voulu faire et vous n'avez pas pu faire, pour une raison ou une autre?

V: Le Japon!


N: Il y a tout le côté production musicale. Ça évolue super vite! Au sein d'un album, le morceau le plus vieux est latté par le plus récent. Ça va hyper vite et année après année, ça balaie tout le reste.

Du coup, il y a ce côté un peu chiant où tu te dis, tu vois, 10 ans d'existence et 3 albums. Le 1er, je voudrais peut-être le refaire d'une autre manière. Tu te dis que le groupe n'aurait pas fonctionné pareil si il avait été produit d'une manière plus léchée. Après c'est le jeu, c'est l'évolution! Mais les erreurs de débutants, tu envies de les corriger quoi. C'est le truc que je changerais si je pouvais.


ALA: (à Vic) Et donc pourquoi le Japon?

V: Bah, j'aurais bien voulu jouer au Japon. Je pense que le côté visuel aurait bien collé avec leur univers!


ALA: Et dans les pays dans lesquels vous avez joué, est-ce que vous avez rencontré des gens ou des groupes de gens qui étaient vraiment retords à votre style mixant les genres?

V: Non, franchement.


N: On a joué dans des concerts super inattendus. Le plus déroutant, je crois que c'était l'Asie. On joué en Inde, au Laos, au Cambodge. C'est là, je pense, qu'on était le plus loin des gens, culturellement. Mais la sauce a toujours fini par prendre. Je pense que si on avait fait la même musique sans le côté scénographique, avec les personnages, qui invite les gens à entrer dedans, on aurait pu se planter la gueule. On a été invité là-bas aussi pour ce côté là, et on a toujours réussi à rattraper les gens.


V: Sauf en Norvège peut-être...mais en fait c'est leur manière d'être!


N: En Norvège, ils écoutent la musique. Ils ne sont pas à brailler ou à danser. Donc t'as l’impression d'avoir fait un bide, alors qu'en fait la salle est convaincue. Mais c'est moins rock'n roll.


ALA: c'est parce que vous n'y mettez pas du vôtre aussi! Si vous aviez poussé le mix avec du Black Metal et brulé 2 ou 3 églises, ça l'aurait surement plus fait!

(Rires)

S: ouais clair! (rires)


ALA: Quelle est la conclusion de 10 ans de carrière?

S: A l'arrache!


V: Ouais à l'arrache! (ndlr: je ne leur ai rien soufflé!)


ALA: Plus de bons souvenirs plutôt que se dire « c'est triste »?

S:  Bah ouais tu gardes le bon!


N: Carrément!


S: Tu gardes les soirées qui se finissent au petit matin dans des lieux improbables où tu sais plus où t'es, et tout ça!


V: Tu gardes les odeurs corporelles dans le camion! (rires)


ALA: Chez nous, on a enfin compris ce concept d'odeurs corporelles dans les concert depuis qu'on a aussi interdit la clope depuis le 1er juillet!

N: Haaa ben oui! (rires) c'est un gros cache misère en fait!


ALA: Quand je vous écoute, il y a toujours un petit lien qui se fait dans ma tête avec la mouvance des années 90 qui avait une dynamique assez semblable à la vôtre, comme la bande à Kool Shen, la funky family, kourtrajmé, toute cette bande qui essayait de mélanger plein de choses. Vous avez déjà travaillé avec eux?

N: Je pense qu'on est issu des même influences. Pour kourtrajmé, par exemple, ce sont des mecs qui viennent aussi de la demmerde, de la récup et des réseaux de potes,...


S: autodidactes aussi!


N: ouais c'est un peu ça aussi pour nous. On a profité des talents de la bande de potes qu'on était pour mettre le spectacle en avant d'une telle manière. Et Kourtrajmé, c'est le même délire: un mec qui s'est mis à faire de la vidéo, un autre dans le son, un autre qui joue,... Et au début pas de moyens du tout, et ensuite ça a pris!


ALA: ça peut être simplement une occasion ratée mais j'ai l'impression qu'en France, on a vraiment du mal à connecter les gens!

N: Ha mais carrément! Je pense que c'est la culture française, car dès qu'on sort du pays et qu'on va ailleurs, on sent une cohésion entre les gens qu'on ne rencontre pas forcément chez nous.

Il y a une espèce de méfiance globale. Qu'il n'y a pas dans tous les réseaux attention! Le réseau Metal-Punk en France est hyper bien foutu. Ils sont tous connectés, tous les petits lieux alternatifs entre eux.


ALA: Voilà! Je vous remercie beaucoup!

S: Merci à toi mec!


Propos recueillis par Suicyco


X MAKEENA

Website: http://www.xmakeena.com/

Disco:

(commandes sur http://www.foutadawa.com/ )

Death on The Wax (2004)


Instinctive Dérive (2007)


Derrière L'Oeil(2009)





  

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