Romano Nervoso

(MARS 2012)




Enfin un groupe de Rock'n Roll qui dégage vraiment et qui revendique ses origines! Romano Nervoso rend hommage à la sauvagerie primaire du Rock, en musique mais également via l'attitude! Ces Italiens issus des mauvais coins de la Belgique (enfin, c'est ce que disent les autres) reviennent à l'essence même de cette musique et donc vont complètement à contre-courant du lissage actuel. Leur album "Italian Stallions" (chronique) a fait d'une bombe d'énergie et d'air sauvagement frais dans le paysage rock'n rollesque belge et ils ne sont pas près de rentrer dans le rang!


ALA: Comment à commencé l'histoire Romano Nervoso? Tu étais déjà dans un autre groupe, Hulk, donc comment et pourquoi as-tu eu l'idée de faire ça?

Giacomo: Je composais déjà depuis longtemps, mais ça ne collait pas forcément avec Hulk. Un soir à une teuf, j'avais décidé de faire un concert avec ces compos. J'ai réuni 3 potes: un guitariste , un batteur et un bassiste, et je me suis lancé au chant. Suite à ce concert qui avait été fait pour rigoler, il y a eu des demandes, les gens pensaient que ce groupe existait depuis quelques temps. En fait pas du tout! Là je me suis dit « allons-y !» et j'ai réellement fondé un vrai groupe.


ALA: Avant tu étais batteur. Cette envie de passer au chant, tu l'avais depuis longtemps ou ça s'est fait sur le coup?

G: Je suis toujours batteur! Sinon, pas vraiment: c'était des compos que je faisais moi-même et je n'avais pas envie de me faire chier pour trouver un chanteur. Donc je me suis dit que même si je ne sais pas chanter, je vais essayer.


ALA: Bah ça va!

G: oui, ça va. C'est au fur et à mesure que tu commence à comprendre des trucs dans le chant et que tu t'améliores. Mais à la base je n'étais pas du tout chanteur et c'était surtout pour interpréter mes compos personnelles. Et vu que j'étais toujours derrière à la batterie, je me suis décidé à faire le pas et passer devant. Ça m'a beaucoup plu... et avec le whisky et la bière ça aide! (rires)


ALA: Lorsqu'on parle de rock, on évoque surtout les périodes Led Zep et consorts. Mais lorsqu'on t'entend, j'ai plus l'impression d'une référence à des groupes comme les MC5, les New York Dolls et toute cette période « Glam-Punk ».... Ou même encore ces chanteurs de Rock'n Roll des années cinquante, peut-être pas qualifiés de punk, mais qui sortaient du cambouis et balançaient une énergie incroyable.

G: Tu vois, je suis un gars des années 90 et j'ai grandi avec la musique de ces années-là. Mais au fur et à mesure que tu écoutes et apprends la musique, tu te rends compte que l'origine du rock se trouve dans les 60 et 70. Notamment, les MC5, Led Zep, Black Sabbath et tous ces groupes-là.

Et donc au lieu de s'inspirer des Soungarden, des Nirvana et Rage Against The Machine, qui étaient déjà influencés par ces groupes, je me suis plongé dans cette période-là.

Et effectivement les New York Dolls, les Marc Bollan, Kiss, Alice Cooper, c'est vraiment ce que j'aime le plus. Il y a ce coté maquillé et show tout en envoyant du rock violent. Et donc ça me flatte que tu penses justement à ça en nous écoutant car c'est vraiment ce que je veux représenter.


Surtout qu'en Belgique, ça ne fait pas. Ici tout le monde veut être beau, faire de la pose sans savoir jouer. Notre avantage, c'est qu'on sait jouer vu que chacun d'entre nous a des années d'expérience musicale, et l’apparat est un « plus », pour faire honneur à ces influences glam que j'adore.


ALA: Et c'est aussi un bon moyen de se libérer des carcans d'un genre comme par exemple le metal, la pop etc... avec des publics qui ne se mélangent pas. Là tu peux vraiment faire ce que tu veux.

G: Écoute, tout d'abord j'ai envie de faire la musique qui me plait. J'en ai rien à branler de passer à Pure FM, ou d'être dans les papiers de la communauté française, parce que je leur pisse à la raie. Même si tu tournes comme nous l'année passée avec 80 concerts dans 6 pays, et que l'on sort un disque qui est dans tous les magazines, et bien ça ne plait pas à ces gens de la Communauté Française parce qu'on n'est pas « pop », on n'est pas belges. Je n'ai même pas fait de demande (ndlr: de subsides) pour faire mon album, je ne veux rien à voir avec eux!

Le groupe existe parce qu'on fait des putains de shows où l'on vend plein de merchandising, que l'on a de la demande. Et on n'a pas besoin de ressembler à un truc que la Belgique veut imposer. Nous avons tous tous des origines non belges, et surtout on fait de la musique avec de la disto!


ALA: Oui c'est le même problème pour les groupes de Metal qui se voient aussi éjectés pour les mêmes raisons.

G: Justement, des fois on me dit que je fais du Metal ou du speedrock! Et bien si je fais du Metal, les groupes de Metal, ils font quoi? Du Death? Non, je fais du Rock'n Roll.

Mais le problème est qu'en Belgique, le rock c'est des groupes comme Puggy, Montevideo ou Vismets! Si ça c'est du rock, alors c'est clair que je fais du Metal! Ici la pop est mise au niveau du Rock, ce qui place les autres groupes dans une catégorie « extrême » qui les marginalisent.


ALA: Oui c'est vrai. D'ailleurs je vous verrais plus dans la même « scène » que « The Experimental Tropic Blues Band »

G: Oui et d'ailleurs ils sont devenu connus et sympas parce qu'ils sont allés au USA. Ce groupe existe depuis 99, mais on en parle cette année seulement parce qu'ils ont juste été chez Spencer (ndlr: John Spencer Blues Explosion »), alors qu'ils cavalent depuis plus de 12 ans et que ce groupe n'a pas changé en quelques mois!


ALA: C'est toujours le concept de l'artiste belge qui n'est reconnu que lorsqu'il passe à Paris.

G: oui c'est ça! Mais est-ce que nous devons aller enregistrer chez un trou du cul américain ou anglais, qui est bon certes, pour qu'on soient visibles?

C'est comme avec Hulk: tout le monde se foutait de notre gueule et puis nous sommes allés enregistrer avec le mec des Queen Of The Stone Age, Kyuss et tout ça, et on est devenu le super groupe. Mais non, nous étions les mêmes!


La Belgique a un gros problème à ce niveau-là. Pas au niveau du statut, mais au niveau du Rock'n Roll. C'est la merde: ils ne comprennent pas le sens du Rock'n Roll.


ALA: Que ce soit au niveau des décideurs que du – grand – public, tu n'as pas cette impression que l'on revient à cette mentalité des années 50? Où les groupes bien propres sur eux fonctionnent et que les groupes sortant de leurs garages qui font de la « vraie » musique sont mis à l'écart et seront considérés seulement plus tard, à posteriori.

G: C'est un phénomène général. Le Rock'n Roll, à la base, est un mouvement de rébellion. Tu fais du Rock'n Roll parce que tu es énervé.

Maintenant, le gouvernement ne veut plus ça. Il veut que les gens restent à la maison et ne se rebellent plus. Donc des groupes qui disent « j't'emmerde, j'te chie à la gueule, je vais me battre », ça ne marche plus. De même à la télé, par exemple MTV, il n'y a plus ça du tout.

Bien sûr que le gouvernement va plutôt encourager – et investir sur – des gens qui disent «  Ta maison est belle, restes à la maisson, Star Academy c'est génial », « The Voice c'est terrible »,  « Achète, regarde la télé, ne bouge pas de chez toi ».


ALA: A propos, c'est parce que tu voulais aller à « The Voice » que tu fais tout le temps le « V » avec tes doigts? (Rires)

G: Ah mais je rêverais d'aller à « The Voice »! Je pense que je ne me retournerais jamais, mais je vais postuler pour l'année prochaine! (Rires)


Déjà t'as envie de pleurer quand tu vois The Voice Belgium par rapport à The Voice France. C'est des nazes ici: à part B.J. Scott, le reste n'apprendra jamais à quelqu'un à chanter! J'ai regardé une fois, j'avais envie de vomir!

Mais c'est ça l'image de la musique qu'on veut envoyer aux gens. Alors qu'il faut des années de pratique, il faut galérer, te battre pour apprendre réellement!

Maintenant, on prend des groupes subsidiés qui existent depuis moins de 2 ans, on te les vend 6000 euros en Wallonie pour 300 personnes alors qu'en Flandre ou en France ils joueront pour 100 euros ou gratuit. La Communauté Française en fait le patrimoine musical à la place d'autres groupes qui eux jouent un peu partout, s'exportent mais sont moins consensuels.



ALA: Il y a aussi une « préférence géographique », et je suppose que le panneau La Louvière que tu brandis à chaque concert veut dire ça aussi.

G: Mais oui. C'est pour dire « je viens d'une région de merde, je ne viens pas de Watermael-Boitsfort, de Waterloo (ndlr:banlieues riches de Bruxelles), j'ai pas besoin de tes subsides. Moi avec mes couilles et mon passé d’immigré je me bats! ».

Et je dis souvent pour nous présenter qu'on a une équipe de merde au foot, on a des morts mais on a de bons groupes de Rock!


ALA: Est-ce que dans l'essence même du rock, ce n'est pas obligé de venir du « bronx d'une région »?

G: C'est clair! Tu vois la différence quand tu écoutes les Girls in Hawai, les Tellers, Lucy Lucy qui viennent tous de régions de bourges, par rapport à Experimental Tropic Blues Band, Hulk, Driving Dead Girl, Romano Nervoso qui viennent de Liège, Charleroi, La Louvière.

Nous on a grandi dans la merde, fils de chômeurs, d'immigrés qui avons toujours dû nous battre et ça donne le ton pour les meilleurs groupes rock!


ALA: Pour reprendre les gars qui vous considèrent comme Metal, je dirais plutôt que même si votre musique est orientée Rock'n Roll, on sent cette attitude précurseur du punk de tes idoles.

G: Le punk vient des zones défavorisées d’Angleterre où l'on avait les boules. À La Louvière c'était la même chose et tu avais la même réaction. C'est le Punk qui m'a donné envie de jouer tu vois. J'écoutais les Damned, les Saints. D'ailleurs on fait une reprise des Damned.


ALA: Oui, et c'est un peu pour faire réfléchir les gens que tu présentes cette reprise comme le morceau des petits groupes pop belges comme les Tellers ou les Vismets?

G: Oui c'est un clin d’œil à ça. Et au fait qu'aujourd'hui tout le monde est assisté, tu n'as pas besoin de te battre. Même pour la culture! Presque personne ne reconnaît réellement la reprise...


ALA: Ce soir vous avez fait une majorité de nouveaux morceaux.

G: oui il n'y avait qu'un seul morceaux qui venait de l'ancien album. Tous les autres sortiront sur le nouveau en octobre et on les joue depuis quelques temps sur scène. Il y aura 13 morceaux, avec plus de morceaux en italien. Mais nous n'avons pas encore de nom définitif.


ALA: Cet album sortira chez qui?

G: on n'en sait rien encore. Franchement, les contrats je m'en méfie. Déjà avec Hulk, on a eu l'occasion de faire des contrats avec des labels assez gros et tu ne gagnes jamais ton pognon. À moins que tu vendes 50000 albums, ce qui ne sera jamais notre cas.


ALA: Il y a beaucoup de groupes qui reviennent à l'autoproduction d'ailleurs.

G: Tu reviens en autoprod parce que c'est ton investissement, tu récupère ton investissement, c'est du 100%. Je reviens en autoprod, parce que de toute façon on fait déjà tout nous-même. Notre ingé son est notre producteur, on enregistre dans son studio où il nous fait des prix et donc le coût n'est pas trop élevé. Avec tout cela, c'est plus sûr de rester entre nous que via un contrat au bout duquel on devra même peut-être rembourser même si on vend des tas d'albums.

Et pour la distribution, on verra avec qui on travaillera pour le placement en magasins.


ALA: Je m'interroge aussi sur une chose: les guitaristes, tu les manges? (c'était encore un nouveau guitariste ce soir-là, le 3ème que je voyais – et donc pas présent sur la photo)?

G: (Rires) Non mais à un moment donné le groupe devient vraiment sérieux alors qu'à la base le projet avait démarré avec des potes qui avaient ensuite d'autre obligations.

Le nouveau ici, c'est un musicien professionnel et j’avais besoin de quelqu'un qui ne me dise pas « Je ne peux pas venir à ce concert car je ne peux pas prendre congé ». Maintenant tout le groupe est musicien, c'est leur métier, et donc lorsqu'il y a une date, ils sont là. Avant je devais un peu gérer avec les emplois du temps personnels et professionnels de chacun.


Tous les musiciens avec qui ont a joué étaient bons! Mais c'est une question de priorités. Et pour tout le monde dans le groupe actuellement, la priorité c'est la musique.


ALA: Toi qui te donne sur scène et qui lache une grosse énergie vers le public, tu ne trouves pas qu'une partie ce dernier n'est plus trop en phase? Comme s'il ne vivait pas les concerts mais prend plutôt cela comme un bien de consommation, comme un Big Mac musical en somme.

G: Tout d'abord, il y a l'âge. Tout le monde ne va pas se mettre à pogoter quand on commence à prendre de l'âge. Mais oui, c'est comme on disait tout à l'heure: on essaie de plus en plus d'éliminer cette culture rock'n roll, le headbang, vivre une musique, tout ça. L'esprit de révolte n'existe plus, ou est récupérée dans le « beau ». Faut être beau: « je ne vais pas pogoter: t'as vu ma veste? »...

Et donc à un moment donné c'est nous, toi qui devons prendre des potes « on va voir ça. Ça se passe comme ça » pour conserver cette culture. Parce que sinon il ne restera que de gens qui ont passé la trentaine. Tu as des jeunes punks et rockeurs qui essaient, mais ce n'est plus la même mentalité.


En tout cas, je serai toujours là pour faire ce genre de conneries. Qu'on me suive ou pas, moi je m'amuse.


ALA: Pour revenir aux morceaux en italiens, ça te gêne ou ça te plait qu'on dise de vous « ha le groupe de rock italien qui fait « mangia spaghetti » »?

G: Tant mieux! Car à chaque qu'on voit des trucs qui représentent la culture italienne, ce sont des groupes de merde. Enfin, je veux dire, c'est bien joué, c'est très beau mais cites-moi 3 groupes de rock Italien. Qui font vraiment du rock.


ALA: Heu, je vois mais je ne connais plus les noms et c'est des vieux groupes...(ndlr: pour me rattraper et après recherche mémorielle, c'était Litfiba et CSI-Consorzio Suonatori Indipendenti, ex-CCCP)

G: Mais tu dois réfléchir, tu vois. Si je t'en demande 3 anglais, tu vas me les pondre direct. On en a, un paquet. Mais c'est juste qu'ils ne sont pas exportés. Voilà, donc en étant italien, je veux montrer qu'il n'y a pas que ces chansonnettes qui font la musique italienne.


ALA: Voilà, je te remercie beaucoup

G: Super, mec.


Propos recueillis par Suicyco







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