Näo

(Oberhausen (Maschinenfest) - 01/10/2011)



Le MaschinenFest, outre le fait de voir et écouter de la bonne et douce musique, nous offre quelques fois l'occasion de belles rencontres. C'est comme cela que notre passion commune pour la musique a placé sur notre chemin l'équipe des Chroniques Électroniques (« Quoi? Chhht non ça va passer je te dis! »). Notre souci pour un travail journalistique irréprochable nous a évidemment rapprochés (« Oui là tu as raison, ça va se voir... »)....

BON OK ON S'EST RENCONTRÉS EN BÂFRANT COMME DES MALADES AU BURGER KING! Voilà c'est dit.

Ceci n'empêche en rien que nous avons sympathisé (nous soupçonnons toutefois un réel intéressement de leur part dans l'abandon de leur kronenbourg dégueulasses au profit de nos délicieuses jupiler).


Mais le Maschinenfest est aussi et avant tout un lieu où – quoiqu'en disent certains – la surprise, le talent et la claque sont présents.

Näo a été un des évènements de cette édition: déjà l'apparition d'une vraie batterie et d'une guitare sur scène est assez exceptionnelle pour le festival. Mais passé le moment Nutella de l'effet de surprise, nous avons eu droit à ce que l'on peut qualifier de quintessence au sens littéral du terme, puisque Näo tire le meilleur de l’électronique et du rock pour créer un style à la fois planant et percutant (souvent en même temps!).

Ces gars de Besançon, signés par Ant Zen, étaient un peu les ovnis du MF, mais ont réussi à mettre tout le monde d'accord et à genoux! C'était l'occasion rêvée pour nos 2 équipes de « superzéros » d'unir leurs forces et de cuisiner l'Näo à la sauce Franco-Belge.



ALA: c'est quand même cool de voir une guitare au maschinenfest!

Näo: Quoi y en n'a pas d'habitude? C'est marrant parce qu'avant je fais ais de la musique electro. Ça fait seulement 2 ans que j'ai une formule un live avec les loulous. En fait, je reviens à mes classiques: je suis un rockeur depuis que j'ai 15 ans!


ALA: Donc tu as d'abord commencé le projet en solo avec les machines?

N: Ouais ouais!


ALA: Et tu avait déjà en tête ce feeling rock dès le départ?

N: Pas vraiment non. Au tout début j'ai commencé tout seul, je faisais de la hardtek dans les free parties pendant quelques années. De mon côté, j'écoutais des trucs electronica plus posés - je connaissais un peu Ant Zen mais de très loin -, des trucs ambient tout ça.

Donc je suis plus parti sur des trucs posés, ce qui a donné le premier album, qui est vraiment beaucoup plus calme que ce que l'on peut entendre aujourd'hui.


Chroniques Electroniques: Ouais? Je trouvais qu'il y avait quand même des liens entre les deux. Même rythmiquement, dans les racines hip hop notamment.

N: Il y a des connections. Des morceaux de cet album qu'on a retravaillé ensemble, avec Tibo et Jordan. Les racines hip hop, on les a un peu perdues dans le deuxième.

Mais si tu as trouvé des ponts entre les deux, tant mieux ça fait plaisir car je me demandais comment les gens allait accueillir cet album-ci par rapport à l'ancien. La prod n'est pas pareille, mais bon ça reste moi aux machines, et Tibo et Jordan ont vraiment capté le délire musical.


CE: Vous vous fréquentiez déjà avant ou non? Vous n'êtes pas un Boys Band en fait?

N: Haha! Ouais en fait c'est Ant Zen qui nous a présentés! (rires). Non on se connait depuis des années.


Tibo: On s'était rencontrés par hasard sur un festival, il jouait tout seul à ce moment. Ça faisait 8 ans que je n'avais plus joué de batterie. Je lui ai dit "donne-moi 2-3 samples que je puisse retravailler la batterie!"... et il ne m'en n'a pas donné (rires). Deux ans après il m'a rappelé pour me dire "c'est maintenant! Il y a un bassiste et on joue le premier concert en octobre!". Du coup ça faisait 10 ans que je n'avais plus joué et je flippais. Oui à la base, c'était un bassiste, pas un gratteux.


N: Oui pour des questions d'organisation, c'était plus compliqué, et Jordan s'est greffé dans le projet. Et on se connait aussi depuis pas mal de temps avec Jordan.


ALA: (à Tibo) Il y a une participation à l'écriture des morceaux de ta part et de Jordan?

T: De plus en plus ouais. Là il y a 3 morceaux qu'on a vraiment écrits ensemble. C'est la transition là: on avait d'abord commencé à bosser sur des trucs à lui.


N: Au début c'était de l'adaptation, j'enlevais des trucs pour leur laisser de la place.


ALA: L'optique première de cette réunion était le live?

N: Oui. J'avais fait quelques live tout seul et très vite je me suis rendu compte que seul je me faisais un peu chier. Les « live-laptop », ça m'emmerde un peu. À jouer je veux dire!

Je voulais qu'il y ait une dynamique de "groupe" sur scène. Je trouve que c'est beaucoup plus frontal.


ALA: Et qu'est-ce qui vous a amené à Ant Zen?

N: Tout a commencé quand on a joué à Altenburg à l'elektroanschlag cette année en mars. Déjà ça c'était complètement par hasard: quand on a sorti le premier disque, on en a envoyé dans tous les festivals d'Europe. Ça a marché avec eux et il nous ont programmé sur ce festival. Notre concert a plutôt bien plu. Du coup Tomas Hein, le mec du Maschinenfest est venu nous voir pour nous programmer, et juste après "je te présente mon pote", c'était Stefan Alt d'Ant Zen. Et en gros, 3 minutes après, il nous disait "on vous signe"!


ALA: Tu te sentais en phase avec cette scène là, ou tu t'imaginais plus signer sur un autre label?

N: Je ne suis pas du tout dans cette scène à la base! Je n'écoute pas beaucoup d'industriel – j'en fais apparemment plus que je ne le croyais-, les ¾ des groupes avec lesquels on joue, je ne les connais pas et je découvre plein de trucs!

Là il m'avait un peu pris à chaud, et le concert à l'elektroanschlag s'était vraiment très bien passé. Donc pourquoi pas.


ALA: Sans aucune critique pour Ant Zen, je me disais « voilà un groupe pour un label comme Jarrings Effect »...

N: On est en train de travailler avec eux et ils nous font jouer au riddim collision également.


ALA: À ce propos, tu écoutais des choses comme HINT ou EZ3KIEL? Car il y a des sonorités qui y font furieusement penser!

N: EZ3KIEL, je suis un fan ultime! On a fait leur première partie avec Hint. Et j'assume la filiation sans aucun problème car déjà j'adore les mecs. Je les rencontrés deux fois et ça s'est super bien passé, et musicalement, je retrouve énormément dans cette espèce de douceur mélangée avec ce truc super harsh.

Quand on a fait leur première partie, ça a vraiment collé, c'était super.


CE: Peut-être que la prochaine fois, ce seront eux qui feront votre première partie!

N: (Rires)


ALA: Vous vous retrouvez davantage dans ce genre de son?

N: Oui! En fait, j'ai l'impression qu'il n'y a pas une énorme scène dans le genre de musique que nous faisons, à part eux finalement. Et en Allemagne, je ne sais pas, c'est super curieux, mais sans vouloir parler à la place de Stefan, je pense que c'est ce qui l'a intéressé aussi. Il a envie de développer son label et comme il m'a dit, il marche au coup de cœur.


CE: Ils sont dans cette phase d'élargissement de toute façon, car ils ont compris que d'autres labels plus émergents qu'eux – car eux ont une histoire – restent bloqué dans une niche sans trop regarder ailleurs. AD NOISEAM aussi évolue dans ce sens.

N: Oui c'est vrai, j'en ai parlé avec le mec (ndlr: Nicolas Chevreux). Après on a eu du bol quand même: avec Ant Zen ça s'est super bien passé, Stefan est adorable, ça se voit qu'il connait son taf. Et il nous a rendu les choses faciles. Moi j'étais flippé, premier contrat avec un mec avec qui je ne parle que par mail en anglais. Je n'ai fait que ça tout l'été! En plus on enregistrait l'album en même temps avec une prod de 4000 euros derrière! Qu'est-ce qui se passe, qu'est-ce qu'on fait?

Et lui nous a rendu les choses si simples!


ALA: Plus pragmatiquement, quand tu viens dans une telle scène comme le maschinenfest avec une guitare et une batterie, tu amènes un vent de nouveauté. Contrairement à ce que tu aurais pu vivre dans une scène « à la Jarrings Effects », non?

N: C'est clair que ce sera plus difficile d'avoir un impact comme celui du MF au Riddim Collision, de plus en France où le public est plus habitué à entendre un tel son. Donc il y a l'effet de surprise en mois, ça on le sait. Mais d'un autre côté, jouer au milieu de du même genre de son, c'est très intéressant et instructif.


CE: Pour en revenir au passage entre le premier album et celui-ci, je trouve qu'il y a une évolution presque logique. Dans les textures cristallines, tu prends ton temps pour installer la tension...

N: Oui mais c'est une critique aussi qu'on nous a faite plusieurs fois. Par exemple que la structure des morceaux étaient sensiblement les mêmes: ça monte, ça descend, ça monte, ça descend... Il y a des petites clochettes et tout ça. Je suis d'accord, ça me fait un peu chier aussi et on essaie de bosser là-dessus, mais le projet est encore extrêmement jeune!


CE: Quand tu compose un morceau, est-ce que tu penses principalement au moment où tout pète? Ou bien construis-tu un tableau, un paysage?

N: En général, la structure du morceau commence d'une manière assez calme, jusqu'au moment où j'ai envie que ça s'énerve. Y a un truc qui fonctionne très bien avec les batterie connotées plus rock comme celles de Tibo, c'est l'entrée de surprise. Et ça, ça marche à tous les coups! On est désolé d'en abuser, mais c'est tellement bon!


ALA: Nous avions évoqué tes racines musicales, Tu étais donc au départ dans des groupes plus rock?

N: Oui, je suis guitariste dans un groupe de rock avec des potes depuis que j'ai 14 ans!


ALA: Et les machines, c'est venu comment?

N: C'était la révélation des 19 ans, les free parties « c'est quoi c'bordel, qu'est qu'ils font?... »


ALA: Ce n'est pas un héritage de groupes electro-rock comme Nine Inch Nails ou les Young Gods?

N: Non, c'est peut-être curieux mais c'est venu après. Quand j'ai commencé à m'intéresser aux machines, je n'ai jamais réussi à foutre de la gratte sur aucun de mes morceaux. Jordan s'est pointé et ça l'a fait tout seul. Et du coup ça m'a fait redécouvrir mes vieux Nine Inch Nails, je me suis remis dans des trucs que j'avais oublié depuis un bon moment. Actuellement d'ailleurs, je n'écoute quasi-plus d'electro pour d'avantage écouter des trucs comme ça. Mais bon, c'est toujours par périodes de toute façon.


ALA: Est-ce que tu ressens un espèce de feeling de gratteux quand tu compose maintenant sur du matos électronique? Comme une influence plus rock dans l'architecture...

N: J'en sais rien. Sur le dernier album par exemple, il y a 2 morceaux d'electronica que j'ai fait tout seul et il n'y pas de guitare ni de batterie. Sur le dernier morceau, pas de rythme il est super electronica, il est vachement posé, beaucoup plus proche du premier album.

À la base, je me suis toujours considéré plutôt comme un compositeur que comme un musicien de live. Moi ce que j'aime, c'est écrire des mélodies dans ma chambre. Avec ma guitare ou mon clavier, peu importe. Lorsque je suis arrivé à la scène, j'avais envie d'énergie. J'essaie toujours de mettre à la place des gens, me demander ce que j'ai envie d'entendre, de voir, et donc c'est comme ça qu'on a évolué vers cette formule.


ALA&CE: Comment vous arrangez-vous pour les rythmiques et les beats? En gros qu'est-ce qui va sortir de la machine et qu'est-ce qui va sortir de la batterie?

N: Alors...en fait...c'est une usine à gaz! (rires) La plupart du temps, j'amène des éléments rythmiques dans un premier temps. Tibo les écoute, se greffe dessus et à ce moment, soit j'en enlève, soit je les arrange un peu différemment pour que ses breaks puisse avoir de la place.


ALA: Est-ce que tu contrôle le mix, les niveaux depuis la scène ou laisse-tu tout ça à l'ingé son?

N: Non, j'envoie juste un gauche-droite. Donc j'ai ma console, avec tout mon mix déjà fait. L'ingé son s'occupe uniquement de la batterie et de la guitare pour que ce soit homogène avec mes parties.


ALA: Tu ne traites pas le son de la batterie donc?

N: Là encore c'est une usine à gaz: j''envoie des trucs, ils m'en envoient et on envoie aussi vers l'ingé son. C'est un peu le bordel.


T: On avait essayé de traiter le son de la grosse caisse, de lui foutre un son plus electro, plus dur. Et puis en fait, on s'est rendu avec Thierry notre ingé son que le gros kick de départ, c'était de ça dont on avait envie.


N: Je n'arrive pas à faire avec le plus gros kick du monde, un son son qui soit aussi gros que le sien! Donc au bout d'un moment, je laisse tomber les miens et je le laisse faire!


CE: Est-ce que tu pourrais maintenant renoncer à cette configuration live?

N: Oui je pourrais, mais il faut qu'il y ait de l'intérêt. Tu vois, j'avais fait le son sur le film Metropolis, ça j'aime bien et je le referais. Mais tout seul sur un plateau comme ici au Maschinenfest, ça non. Ça m'emmerde, vraiment. Je n'ai pas envie que le public voit un mec tout seul derrière son laptop.


ALA: C'est un ressenti qui vient d'autres lives auxquels tu as assisté?

N: C'est surtout que les plus grosses claques que j'ai prises, c'est devant des mecs qui bossent un show. La plus grosse claque de tout ma vie – et je pense que je n'arriverai jamais à ce stade là – c'était TOOL à Lyon! Le plus grand groupe du monde sur scène et en studio que j'ai jamais vu!


ALA: Tu n'as pas peur, après avoir signé avec Ant Zen, d'avoir plus de mal pour jouer sur des scènes rock?

N: J'en sais rien. Mais bon Ant Zen ne fait pas de booking. Question « identité », peut-être que des gens ne comprendront pas ce que fout Näo sur Ant Zen, et soit ils s'arrêtent à ça et...tant pis, soit ils creusent un peu et j'espère que ça va les encourager à écouter d'autres trucs. Moi c'est plus comme ça que je le vois. Mais je fais ce que j'ai à faire, et c'est grâce à cela que j'ai signé donc je ne vais pas essayer de transformer ma musique en Ambient ou du power noise pour coller à Ant Zen. Et c'est surtout pas ce que Stefan voudrait!


ALA: Quelles sont vos influences musicales à toi (à Tibo) et à Jordan (le guitariste donc)?

T: Houlà! Au départ, j'étais chanteur dans un groupe de Neo Metal, donc tu vois. (Rires) Mais sinon je n'ai pas beaucoup de références musicales.


N: Avec Jordan, on a beaucoup d'influences communes: Nine Inch Nails, Sonic Youth,etc... C'est pour ça que dès que je me suis dit que je voulais un gratteux, il m'a paru comme une évidence. Je suis un gros fan de Tool aussi, donc. Beaucoup se demandent comment ça se fait car ils n'entendent rien de Tool dans ce que je fais, mais moi je vous que je l'entends! En fait, c'est plus une question de sensation, de ressenti.

Ce qui m'a également ouvert aux différents styles, ce sont les free parties. Quand je suis arrivé en free, j'avais 19 ans et venais de Korn et compagnie. J'ai découvert dans la bagnole Amon Tobin, ça a été la révélation, « wouaaah c'est quoi ce truc! ». Ensuite j'arrive c'était Radio Bong qui jouait et après j'en ai pris plein la gueule toute la soirée et du coup ça a vraiment changé ma vision de la musique!


CE: Comment vous avez vécu le concert ici (au Maschinenfest)?

N: On vraiment vécu le concert! On s'était un peu mis la pression. Depuis la date à l'elektroanschlag où ça avait vraiment marché, il y avait des gens qui savaient qu'on signait sur Ant Zen et je pense qu'on était un peu attendus au tournant.

Là aujourd'hui, on a vu plein de gens qui sont venus nous voir avant le concert: « On a hâte de vous voir! ». Nous était là « ho putain putain putaiiin! » et du coup, oui, on s'était foutu la pression par rapport à ça.

En plus, quand tu sais que tu es un peu l'ovni du festival, enfin il y avait plein de trucs assez déstabilisants.


CE: Qu'est-ce qui vous fait le plus flipper? Être dans un événement où vous êtes l'ovni, mais où il faut se faire remarquer en bien, ou alors être dans un trucs dans votre style, comme le Riddim Collision, où vous êtes moins remarqués, mais plus confortable au niveau du style attendu par le public?

N: Je stresse dans le second exemple. Parce que dans des cas comme le Maschinenfest, l'effet de surprise, c'est con, mais ça marche. Pour le Riddim, déjà c'est le Transbordeur, c'est gros, il y a plein de gens, il y a Saul Williams qui joue après nous. C'est en France, c'est un public qui sera beaucoup moins étonné. Ça, ça me fait plus flipper.


ALA: En parlant d' »effet de surprise », as-tu déjà d'autres idées, directions ou formules pour le futur?

N: Non, je n'ai pas réfléchis aussi loin. Pour l'instant, je pense que le projet va rester comme ça un petit moment. Après on va bien sûr composer et attaquer des nouveaux morceaux à partir de la fin de l'année.


CE: Vu que ça fait plus d'un an que vous tournez et que l'album sort seulement maintenant, est-ce que ce n'est pas un album que vous avez fait à partir de vos prestations et expériences live, qui prend donc toute sa puissance sur scène, et qui pourrait peut-être « redescendre » dans un format studio?

N: Et bien, écoute l'album, et j'espère que tu me diras que ce n'est pas le cas. Vu qu'on avait tourné pas mal avant, on a clairement enregistré l'album avec ces expérience. Donc le but du jeu, c'était bien de garder l'énergie du live tout en sonnant studio.


ALA: C'est la même personne qui fait votre son en live qui vous a enregistré?

N: Non. Nous avons enregistré au « Zèbre » à Besançon. Et le truc, c'est que l'ingé son du Zèbre, c'était le bassiste qui jouait avant avec nous. Aussi bien Thierry que Flavien en studio, ce sont des potes depuis des années, donc ils nous connaissent bien et ont donc très bien compris ce que nous voulions faire avec Näo.


T: C'était une question qu'on s'est posée: Est-ce qu'on fait un truc super produit ou bien est-ce qu'on garde cet aspect live? En gros: Est-ce qu'on fait du Nine Inch Nails ou du Bérurier Noir – je parle de prod! (gros rires) On a essayé de garder un équilibre parce que c'est quand même de l'electro-rock, et l'electro rock quand c'est mal produit, c'est vite cheap.


ALA: En studio, comme vous mélangez les instruments et les machines, qu'est ce qui vous a posé le plus de problèmes ou d'attention? La guitare ou la batterie? Le niveau rythmique ou sonore?

N: La plus grosse difficulté – et je crois qu'au final ça a été très bien fait – c'était d'intégrer le côté électrique du rock à l'electro. D'avoir une homogénéité et pas un truc où t'entends du rock d'un côté et de l'electro de l'autre. C'était vraiment la grosse mission.


ALA: En parlant des moyens utilisés, est-ce que d'après toi les plug in soi-disant gratuits permettant réellement un rendu aussi bon que les machines hardwares qui coûtent la peau du cul?

N: Ho la question! Je vais faire court car je trouve que c'est un débat sans fin. J'ai un ordi et du hardware aussi. J'essaie de combiner les 2 car c'est exactement la même démarche que de faire appel à des mecs sur scène. Ma mpc donne un son « mpc » que je kiffe à fond et ensuite mon ordi me donne des tas de possibilité et me permet de travailler plus vite; ensuite j'ai mes deux synthés que j'adore et donc garde. En fait j'essaie de prendre ce qu'il y a de bon dans chaque truc car finalement ce ne sont que des outils.


ALA: On entend beaucoup de sons comme les clochettes,etc... Est-ce que tu fait du « field recording » pour enregistrer ces derniers?

N: Non. À part les sons de pianos qui sont joués en midi, tout le reste c'est du synthé. Beaucoup de plug in standard en fait. Je ne m'étends pas beaucoup sur ce débat car pour ma part, j'ai trouvé la configuration qui me plait et je ne me prends pas la tête avec ça.



ALA: je demande ça car ta musique peut avoir cet effet à l'écoute: est-ce que quand tu composes, tu as des images qui te permettent de créer?

N: Non pas vraiment. Je pars presque toujours d'émotions plutôt. Les images et tout ça, ça vient bien après. Par exemple sur des morceaux que je joue depuis un moment – comme pour où ce soir il y a un morceau qui date de 2006, c'était l'avant-dernier qui sonne très indus - , et bien j'ai commencé à visualiser des choses lorsqu'on était en studio pour l'album, au mixage!

C'est le sondier qui me l'avait demandé en fait. « Qu'est-ce que tu vois là-dessus? ». Car lui, il devais bosser là-dessus avec ses réglages. Donc il a fallu que je fasse ce travail à ce moment là, et ça a été vachement difficile car comme nous n'avions pas énormément de temps, il fallait prendre du recul très vite.


ALA: C'est marrant qu'il soit si ancien, car quand tu l'as joué je me suis dis: « Tiens voilà le morceau qui fait le pont avec Ant Zen! »

N: Haha oui c'est rigolo! Et bien fait c'est un morceau que je jouais tout seul dans mes premiers lives et qu'on a retravaillé ensuite. Je l'avais un peu abandonné en me disant que c'est un truc trop indus pour le placer dans un set electronica. Je l'ai joué en répèt un jour pour déconner et les autres m'on dit « attends attends y a un truc là! », et voilà.


ALA: Et le VJing que l'on a pu voir, c'était le vôtre?

N: Oui , c'est Mathieu. Il bosse avec nous depuis pas mal de temps déjà. C'est encore quelque chose qu'on doit travailler. Mais on vient de faire une résidence où l'on a mis un peu en avant les vidéos et les lumières. Pour les lumières, c'est pareil avec Bastien. Il y en a un autre, Gab, qui vient aussi.

Là j'espère que ça s'est senti que ce n'était pas un Vjing « standard », et bien quelque chose de propre à nous.


Il faut surtout dire qu'on a l'opportunité de le faire car j'ai des gens autour de moi qui sont adorables et qui acceptent de bosser pour rien -parce que j'ai pas de thunes à leur donner – et qui ont juste envie de venir dans le projet. Du coup, nous sommes une équipe de sept, ce qui permet d'envoyer des shows complets!


CE: Oui on sent vraiment cette globalité! À la fois l'énergie scénique des musiciens, les phases électroniques qui font planer qui intègrent totalement le visuel. C'était un but en soi?

N: J'ai déjà mis le pied dedans quand j'ai dit que j'arrêtais de faire de la musique tout seul. Il y a un moment, si tu commence à foutre un batteur et un guitariste, il faut des lights, après les lights on passe aux visus. On n'arrête plus mais c'est quasi automatique!


Je suis passé du concept « je pars léger avec ma valoche » à une logistique avec un camion et tout le bordel! Mais attention j'adore! C'est beaucoup plus drôle de partir avec 6 potes que tout seul.


ALA: Dans notre webzine , on aime beaucoup les artistes qui transcendent les genres, comme toi. Est-ce que tu t'es aperçu qu'en faisant le chemin artistique que tu as parcouru – ajout de guitare, batterie, ton style dans l'electro – tu avait rejoint un espèce de genre ou un style commun avec d'autres artistes dont le point d'arrivée est similaire mais le cheminement artistique complètement différent? Oui je sais c'est prise de tête.

N: Mais c'est ça la magie de la musique! (rires) Je crois que le facteur humain est très important. Tu vois , dans le projet, nous sommes très différents les uns des autres et on ne parle pas forcément musique. Ce sont les sentiments, les émotions qui comptent! La musique c'est un outil comme la peinture, la sculpture et tout ça, et lorsque tu la réduis à sa plus simple expression, c'est en fait les émotions qui se rejoignent, et non les styles et sous genres.


C'est justement plus le chemin que le point de départ ou d'arrivée qui compte. C'est ton expérience, ton vécu, et il ressortira.


ALA: Est-ce que tu cherches à chaque fois à produire le son que tu as dans la tête, ou bien te laisses-tu guider par ce que tu trouves.

N: ça dépend. Des fois je vais essayer de trouver un son que je ne trouverai jamais, d'autres fois, le premier que je trouve, je change 3 trucs dessus et il me parle.


ALA: Te laisses-tu quelques fois porter dans des directions complètement différentes que celles que tu avais en tête au départ?

N: Tout le temps! Je n'essaie plus de me dire « je vais faire un morceau comme ça »! Et c'est génial. Et en live c'est pareil. C'est peut-être la seule chose que je regrette du temps des solos. Je pouvais à tout moment faire partir mes morceaux en couilles intégrales. Là maintenant, ce n'est plus si possible.



Propos recueillis par Manon, Suicyco, Vinnie, Raoul Duke, Pogo


Webzine Les Chroniques Electroniques (c'est bon, mangez-en!):

http://www.chroniqueselectroniques.net/







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