My Own Private Alaska




C'est lors de leur passage au Bateau Ivre à Mons que nous avons rencontré MOPA. Non ce n'est pas une marque d'éponge ou de balais pour sols mais l'acronyme de My Own Private Alaska, groupe sortant un peu des sentiers battus et du canevas du rock dit « dur ». Quoique un peu sur la défensive sur certains points et soucieux de se démarquer des groupes à hype – peut-être dû à l'enchainement d'interviews « généralistes » et tendance qu'ils ont précédemment fait - , Tristan, Yohan et Milka nous font découvrir leur projet et leur univers. Tout ça avant un concert qui nous a franchement mis sur le cul! Ce n'est pas tant la présence du piano dans un tel groupe, mais plutôt la façon qu'ils ont d'utiliser celui-ci ainsi que la batterie et le chant, et de s'accorder ensemble qui fait d'eux un groupe particulier. Injustement cantonnés au départ dans le screamo de par le chant souvent hurlé, ils véhiculent une émotion qui me fait plutôt penser – de façon purement subjective je préviens – à ce que peut dégager Amen Ra à certains moments, même si le registre est différent.

Comme quoi, qu'importe la forme de ton instrument, c'est la façon de t'en servir qui est importante!


ALA: Pour faire un peu l'historique, vous avez commencé avec MOPA ou les membres avaient eu d'autres groupes avant?

Yohan: on avait d'autres projets avant et on se croisait souvent dans le milieu des concerts toulousains, qui est quand même assez...restreint. Ils avaient mûri ce projet à deux (Tristan et Milka) depuis pas mal d'années. Tristan faisait le son retour du précédent groupe de Milka, qui s'appelait psykup. Il s'était dit que ce serait intéressant de proposer quelque chose de différent et de nouveau tout en restant très intense et en gardant une certaine violence.


Et voilà, l'alliance piano à consonance classique, batterie punk et chant hurlé, ça pouvait être quelque chose d'intéressant, du moins sur le papier à cette époque. Ils ont concrétisé quand on s'est trouvé et ça a fonctionné dès la première répét. On a fait un 1er ep très rapidement, au bout de 9 répét, et on est parti tout de suite tourner.


On a eu ensuite l'opportunité de partir à l'étranger pour travailler avec Ross (ndlr:Robinson). Ça nous as permit de tourner un peu dans le monde, jusqu'à aujourd'hui.


ALA: votre background est orienté metal à la base? Ou c'est plus divers?

Y: Divers rock on va dire. On a toujours aimé les artistes avec un fond derrière lequel tu sens des personnes riches. On a toujours pensé que l'originalité et le fait de toucher les gens va de pair avec l’honnêteté dans la manière dont tu pratique ton art, que ce soit en peinture, en musique ou en cinéma.

Tout le côté cathartique, sublimer des expériences quelques fois négatives et les transformer en quelque chose de positif pour toi et pour les gens, c'est vraiment le but de la démarche.


ALA: Lorsque vous avez travaillé avec Ross Robinson, comment ça s'est passé? C'était plutôt le gros producteur qui va vous chaperonner ou il vous a laissé vous exprimer?

Y: En fait, on est parti 2 mois à Los Angeles après qu'il nous ait proposé de travailler avec nous (il avait écouté le myspace et nous avait appelé). C'était très profond, très psychologique!

Partir dans les expériences les plus intenses de ta vie, trouver une résonance avec le texte et le sens du morceau et creuser dans ce sens là à 3, en répétant beaucoup. Puis au bout d'un moment, lui, quand il se sent prêt « spirituellement », il enregistre. Ça se fait en 1 ou 2 prises directes en gardant tous les défauts et toutes les qualités. C'est un peu abstrait comme concept de travail (rire).


ALA: Et donc pas trop directif? Car lorsqu'on travaille avec un gros nom comme lui, il y a toujours le danger qu'il prenne la mainmise sur tout.

Tristan: Ça, c'est obligé, c'est le contrat! Quand tu vas chez lui, il compose quasiment. J'exagère, mais en tout cas, il fait partie du groupe à ce moment. En fait, il s'intègre tellement, humainement parlant, qu'il est son propre instrument et on l'intègre dans notre musique.


ALA: Ça a changé votre son?

Y: ça l'a approfondi.


T: ça a pris une autre dimension. De quelque chose de très cru, avec un cahier des charges très précis. De uniquement hurler, taper très fort et jouer quelque chose de très froid, on est passé à quelque chose de vachement plus « vallonné » avec des temps forts et des temps faibles. De plus sincère dans l'émotion aussi. Tu brises les barrières et tu vois ce qu'il y a derrière, et pas uniquement « ouais là, il faut qu'tu cries! ».


ALA: Et vous avez touché aussi à la production en collaboration avec lui?

T: Non, on le laisse faire quasiment à 100% tout ce qui est sons et arrangements.



ALA: Le mix et le mastering c'est lui aussi?

Y: le mix oui, en collaboration avec Ryan Boesch, un mec qui a bossé avec foo fighters et Eels notamment et qui est très sympa!

Après il a un assistant qui gère tout le côté technique. C'est pas du tout un technicien, Ross. Sa démarche est autre: c'est pratiquement un rapport de psychologue qu'il a avec le groupe.


T: En gros la musique, c'est l'extension de l'être humain. Et l'être humain est inconcevable si tu ne prends pas en compte sa psychologie. Faire la musique simplement en faisant des math, en disant « voilà, 1+1=2, donc la + do = fa bémol  et tout sera beau», ça ne marche pas comme ça. Enfin, ça peut marcher mais lui ce n'est pas du tout sa démarche. Son crédo c'est que la musique change le monde. Pas plus, pas moins qu'un politicien, qu'un maître d'école ou un pompier mais pour lui donc, il ne faut pas prendre la musique à la légère et du coup il intègre le côté psychologique à mort.

L'idée c'est d'être conscient de qui tu es. Pas au moment où tu joues, au contraire, là c'est le moment où tu débranches le cerveau et que tu t'exprimes par défaut. C'est pour cela qu'en amont de la composition et de l'enregistrement, il y a plein de répétitions où l'on discute, on discute, on discute et au bout d'un moment on joue. On a à ce moment là tellement le cerveau en bouillie que ça prend des fois une dimension qui nous dépasse un peu.

Il dit que c'est là que tu exprimes le mieux qui tu es.


ALA: Ça vous tente, pour la suite, d'avoir une approche globale de votre musique et de tout prendre en main de A à Z?

Y: pas tout de suite, non. D'une façon, on a déjà le contrôle total quand on joue, on est nous et on ne triche pas. Pour le moment, on a eu une rencontre tellement forte et riche avec ce mec qu'on va essayer de retourner chez lui pour le 2ème album. Et puis après, nous ne sommes fermés à rien de ce côté là. On verra.



ALA: Pour le Mix, on sent vraiment dans votre cas que l'équilibre entre voix, piano et batterie doit être quelque chose de très précis. Si on change d'un iota, en montant un tout petit peu la batterie par exemple, le style sera complètement différent. Comment s'est passé un mixage aussi périlleux pour garder le « sens » de votre musique, le « son MOPA »?

T: On lui a vraiment laisser carte blanche. Il a atteint ce résultat et ça nous convient. Ça ne nous a pas forcément convenu tout de suite parce qu'on était quand même dérangés puisqu'on sortait d'un ep où l'on dirigeait tout de A à Z. Tu vois: on voulait faire le meilleur son possible avec le meilleur feeling et tout, et là on s'est retrouvé dans un truc où l'on était un peu destitués de ces libertés.


ALA: Et vous n'aviez pas peur que cela change complètement votre son?

T: Si. Si, complètement! Mais ça fait partie du contrat moral entre lui et nous. Et quand tu connais le monsieur, tu te laisses aller.

Lui-même disait: « Ni toi ni moi ne savons ce que ça va donner. ». Il est métaphysique comme mec. Pour lui, la musique a son propre chemin. Une fois qu'on l'a jouée, il y a une alchimie qui se crée, les gens se l’approprient – elle ne t'appartient même plus. Lui, il voit ça sous cet angle: «  ça donné ça, parce que ça a appelé ça ».


Au niveau du mix, c'est un peu comme si tu te trouvais dans la tête du chanteur. Il y a de la batterie, il y a du piano mais après c'est vraiment le texte et le sens de ce dernier qui prennent d'assaut tes oreilles.


Maintenant c'est vrai, on pourrait basculer dans « groupe à voix hurlée » ou « groupe à piano » d'un petit coup de curseur, mais ça, c'était au feeling. Et aussi d'un couplet à l'autre de toute façon, tu peux aussi avoir ces impressions, mais ce qui compte c'est la globalité.


ALA: Vous êtes sensibles au fait de pouvoir toucher des gens de différentes scènes par cette diversités? Et...est-ce que vous touchez les gens de différentes scènes?

T: Franchement, je ne sais pas trop...


Y: Différentes...ça dépend. On peut jouer avec tout, après ça dépend des barrières que les gens mettent dans leur têtes! En tout cas ça suscite rarement des réactions en demi-teintes: soit très loin dans le négatif, soit très fort dans le positif. C'est toujours très entier, et tant mieux!


ALA: Vous avez déjà rencontré des gens qui, à la première écoute, on rejeté le concept épidermiquement, et qui se sont vraiment ravisés – ouverts - en réécoutant?

T: Ça a dû arriver ouais. Après je ne sais pas si c'est à cause du piano ou d'autres choses. Notre histoire est tellement teintée de choses extravagantes – Ross Robinson, la première partie de Metallica à Nîmes par exemple, l'espèce de hype qu'on a eu tout de suite – que je pense que les gens sont plus rebutés par tout cela et ce côté hype que par la musique en elle-même. Ils n'avaient plus, à mon avis, assez de recul pour se dire « j'aime ou j'aime pas parce que musicalement...»


ALA: Vous avez cherché cette hype?

T: Moi, je cherchais à foutre la merde dans le monde des guitares! Clairement. Après, la hype... pff. Je suppose que des gens cherchait une nouveautés, je ne sais pas. Et puis les gens aiment bien les débats: Je me souviens dans le webzine Metalorgie, le grand débat pour le ep: « est-ce que c'est screamo ou pas ». ça reprenait « qu'est ce que la définition du screamo », « quel 1er groupe a fait du screamo », « Si il n'y a pas de guitares, est-ce que c'est screamo »... Alors que nous, on ne se revendiquaient pas screamo, on a seulement mis screamo dans le myspace parce qu'il faut mettre quelque chose. Et donc ensuite, à nos premiers concerts, c'était avec plein de groupes de screamo.


ALA: Et maintenant, les scènes dans lesquelles vous jouez se sont diversifiées?

Y: C'est toujours assez rock. On a quand même un côté assez violent donc on ne peut pas jouer tous les jours avec des groupes de Post-Rock. On était plus allé vers ce côté là en sortant les « Red Sessions » (ndlr: format plus acoustique) où c'était dans l'optique de montrer que même en jouant les morceaux de manière autre, que les compos marchaient encore.


Nous on aime jouer avec des groupes très différents. Maintenant est-ce que les gens (ndlr: les orgas) se le permettent, là ça a pris beaucoup de temps avant que certains ne comprennent où, quand et avec qui nous programmer. Bon ensuite évidemment, il faut avoir un minimum d'ouverture et ne pas jurer que par les « YEAAAH! » et les solos de guitares, c'est clair!


ALA: Personne ne vous a dit que quelque fois cela pouvait être plus violent qu'avec une guitare?

Y: Si. On nous le dit souvent.


T: C'est plus violent dans l'émotion donnée en fait.


Y: Même dans le son. Un piano où tu appuies sur toutes les touches, c'est plus violent qu'un riff de guitare. Mais surtout, vu que ce n'est pas un son distordu à la base, c'est plus naturel donc ça parle plus à ta chair. C'est plus vivant. Tu pourrais avoir la quéquette la plus petite du monde et avoir le plus gros son de guitare et ça ne gênerait personne. Attention, je ne dis pas qu'il faut avoir une grosse quéquette pour jouer du piano sans distorsion (rires)! Mais quand tu fais une fausse note et qu'il y a 10000 personnes, il y a 10000 personnes qui entendent la fausse note.


ALA: Et tu serais partisan de traiter les sons avec des machines?

T: Je dis pourquoi pas, ouais. Il faudrait essayer! Si ça se trouve, en admettant que le « pianocore » est un style qui existe et qu'on fasse ça, on serait au tout début et on attend qu'un mec prenne un piano et mette de la saturation dessus ou des traitements. Tu vois, un genre de « post-Nine Inch Nails »...


ALA: A propos de gens connus, c'est plutôt Temptations ou Cobain?

T: Pour « My Girl »(rires) (ndlr: ils reprennent « My Girl »)? Bah, Cobain! Plutôt l'approche Nirvanesque de la chose.


ALA: (à Yohan) Toi tu te sens comment dans le groupe? Plus comme un trait d'union, un arbitre entre le voix et le piano, ou plutôt comme un genre de trouble fête? Je demande cela car le jeu et la disposition scénique font quelque fois penser à une sorte d’affrontement voix-piano avec la batterie entre les 2.

Y: il y a un peu des 2. Ça dépend des morceaux et des moments. C'est vrai que je fais la liaison entre les 2 car je suis au milieu du triangle, mais il y a aussi un côté très animal, très spontané dans ce que je fais. Très violent. C'est peut-être le côté... « Punk-rock » du « trépied », où j'insuffle plus la rage, l'animalité.


Ensuite les 2 facettes, c'est ce qui donne le relief. Il y a des moments où tu te fonds dans l'ensemble, d'autres où tu passes devant pour mettre un peu le bordel. C'est ce qui rend la musique intéressante. J'ai pas une place attitrée, surtout depuis « Amen » (ndlr: le nom de leur album). la batterie est réellement dans la complémentarité des autres.


ALA: Vous parliez de Toulouse, où la scène est restreinte. Est-ce que dans le milieu musical il y a de l'entraide ou bien c'est chacun de son côté?

T: Ça dépend. Il y a des personnes avec qui on s'entend et avec qui on partage beaucoup. C'est pas forcément lié au style de musique pratiqué mais plutôt en terme d'humain, comme dans tout. Après il y a une scène assez vivante et riche, surtout dans les musiques actuelles dites « amplifiées ». C'est clair que quand un groupe émerge et qu'ils sont sympas, ça nous fait toujours plaisir.


ALA: Lorsqu'on voit cela d'un peu loin, on dirait que la scène toulousaine essaie toujours de sortir des sentiers battus? Je pense à vous, à Punish Yourself ou à Sidilarsen par exemple. On dirait qu'il y a plus souvent qu'ailleurs cette volonté de ne pas rester dans un canevas.

Milka: Tu parles de Punish qui ont 14 ans d'existence (ndlr: peut-être même plutôt 16), Sidi 12 je crois. Ce sont des maturations assez longues tu vois. Je pense surtout que c'est lié au fait de ne pas avoir une technique énorme tu vois. Ce sont des gars qui ne se sont jamais considérés comme de vrais grands musiciens, et donc ont voulu donner quelque chose de personnel, des trucs qui les font vibrer eux. C'est ça qui est intéressant.

Il y a pas mal de groupes à Toulouse qui sont dans cette démarche là. Je crois qu'il y a une émulation à Toulouse, mais plutôt une émulation tacite.


ALA: Et le fait que vous soyez loin du « soleil », loin de paris. Et donc on vous laisse un peu tranquilles?

M: Ça aide! Il y a une plus grande concentration sur l'artistique. Il y a très peu de groupes « trendy », « hype », « fashion » chez nous. Ça va être de suite des groupes un peu « zarbi » ou en tout cas vachement entier.

On ne fonctionne vraiment pas beaucoup selon un calibrage dicté par la capitale, et c'est ça qui est cool. Et il y a cette émulation tacite qui fait qu'il y a vraiment une grosse qualité artistique. Ça fait maintenant 5-10 ans que ça y est et que ça continue!

Il y a des groupes plus ou moins nouveaux qui arrivent. On pourrait citer Sélénites en Post-Hardcore, Dunst! qui sont assez ovnis en pop-indé-alterno-jenesaispas, les petits nouveaux Yaa. Bref dans pleins de styles différents et ça continue chaque année!

Il y a de + en + une certaine solidarité et un respect global. Tout le monde s’entremêle, se croise à des concerts et des soirées. Et ce que je constate, c'est que les groupes qui veulent se la jouer solo, « moi avant tout le monde... », ils se pètent tous la gueule en fait...

Donc tu vois, plus il y a une attitude simple et saine, plus c'est salvateur de toute façon. Tu vois, à Toulouse, on s'échange des plans, des plans à la con des fois. Genre des plans de camions, tels festivals,etc...


ALA: En reprenant ce que tu disais sur le côté spontané de la scène, à côté de cela il peut y avoir simultanément un côté très pointu, très réfléchi. Notamment ce que fait Vincent de Punish au niveau du sampling, c'est très pointu, limite obsessionnel. Vous vous retrouvez dans cette démarche très spontanée et très calculée en même temps?

T: Ça peut être calculé au moment de la composition pure et dure. Je parle au niveau du piano. Je suis issus de l'école classique où il y a beaucoup de règles. Tu peux pas y jouer tout ce que tu veux. Donc au niveau des harmonies, je me prends la tête. Quand on raccorde le piano au reste du groupe par contre, ça se fait très spontanément et ça évolue librement. En fait, ça a tendance à se simplifier à ce moment. On va à l'essentiel.

Peut-être l'erreur à éviter quand il y a un seul instrument mélodique dans un groupe, c'est d'en faire trop pour essayer d'étoffer, densifier. Au contraire, il faut plutôt tendre vers les groupes post-rock à la Mogwai qui eux, a contrario, ont 14 guitares, mais font 2 notes par minutes. Et finalement la musique est suffisante comme ça, et l'émotion peut s'exprimer librement et profondément.


ALA: Tu t'es senti à un moment donné en rupture avec ton background classique?

T: Ouais, un peu. Au départ, je ne comprenais pas parce que je pensais que je pouvais continuer à pouvoir faire des nuances, tu vois, à avoir un tempo flottant. Et en fait finalement le Rock, j'exagère, mais c'est un peu bête et méchant. Quand ça tape, ça tape, et t'es obligé de te mettre à niveau, sinon toutes tes nuances tu te les mets dans le cul, on n'entend que quand tu tapes fort. Donc t'es obligé d'élever ton volume et de jouer un peu rock, même si ce sont des thèmes plus classiques.

Donc au début j'étais un peu frustré, parce que je pensais qu'on pouvais faire les deux, mais dans la pratique c'est pas possible.


Donc je suis dans une assimilation complète. C'est pas du classiques ET du punk ou du rock. C'est un mix des 2...ce n'est même plus ça, je ne sais pas comment dire.


ALA: Ce n'est vraiment pas 3 points distincts mais réellement un ensemble.

T: Oui clairement! Tu vois, j'adore même, lors de la compo, quand il y a des parties uniquement baterrie-chant! Des fois, le piano il est en trop. Et comment faire pour intégrer un piano qui ne va pas juste faire chier le batterie-chant qui tue!

Et puis d'autres fois, le piano va s'exprimer tout seul durant des intros ou des breaks pour donner des chansons un peu vallonnées!


ALA: Et vous n'en n'avez pas marre de vous justifier continuellement sur le piano? Parce qu'il y a des tas de groupes qui fonctionnent par exemple avec seulement guittare-batterie ou basse-batterie. Bon ok ici il y a un piano...so what...

T: Tout à fait ouais. Ben en fait l'histoire c'est que ça criait en plus, donc ça a fait parler. Au départ, on était assimilés à une scène, cette fameuse scène screamo/post-hardcore. Sauf qu'on n'avait pas de guitare!

Mais on nous fait de moins en moins chier avec ça en fait. Ce qui revient c'est de moins en moins le côté « tiens il y a un piano », mais de plus en plus l’aspect « tiens, ça fait pas semblant! », « ça triche pas ». Il pourrait y avoir un triangle ou un accordéon, potentiellement ça ferait pareil quoi, ça triche pas! (ndlr: donc si il y a de l’accordéon sur le prochain album, ce serait un peu de notre faute)


ALA: Et pour le futur, vous allez explorer d'autres pistes ou bien asseoir votre son actuel?

T: On se pose beaucoup de questions, on essaie de voir ce qu'on pourrait faire. Comme on n'appartient pas vraiment à une scène bien précise, on peut se permettre de faire des choses très différentes d'un album à l'autre sans que les gens hurlent au scandale. On n'a rien à prouver, ce n'est pas comme si on était millencollin et qu'on faisait du NOFX et que du jour au lendemain, on se met à faire du post-rock. Là les fans il crieraient au scandale car ils s'attendent à quelque chose de précis.

Pour nous, ils ne savent pas à quoi s'attendre, donc si tu changes, est-ce qu'il y en aura beaucoup qui crieront au scandale?


M: C'est une question qu'on ne pose qu'à ce style de groupe comme nous! (ndlr:il s'énerve un peu là) Personne n'est allé faire chier justement Millencollin et NOFX entre le 1er et le 2ème album! Est-ce qu'on leur a dit « Est-ce que tu ne vas pas te répéter avec ton pote à la guitare »?


ALA: Et bien des fois ce serait bien pour eux de ne pas se répéter. Le truc est que justement, vous faites quelque chose de plus original et qui ouvre des possibilité, et c'est juste le fait de savoir un peu vers où vous voulez aller.

M: Je te l'accorde mais on s'est tous – et toi aussi surement - posé la question au bout de quoi? 7 albums? (ndlr: en fait non, beaucoup beaucoup plus tôt!). Et ici, entre le 1er et le 2ème album??


T: Ceci dit, on réfléchit quand même à amener le piano un peu ailleurs. Parce que c'était ça aussi le but: utiliser un piano à tendance classique... Mais l'explorer plus sur la forme, trifouiller... On verra. Pour le 2ème, je ne sais pas si on aura le temps d'aller à fond dans le concept, mais il n'est pas interdit qu'on teste des choses!


ALA: Et c'est une évidence de rester avec ce line up à 3? ou vous seriez prêts à en intégrer d'autres?

T: Je serais ouvert à un autre membre, mais à condition que ce soit quelque chose d'atypique. Tu vois par exemple, un mec qui fait du cor de chasse ou un truc comme ça. En fait, un instrument, tout dépend de l'utilisation que l'on en fait. Regarde Bjork: elle a intégré de l'accordéon dans son dernier album et ça donne terriblement bien!


ALA: En ce qui concerne les concerts, vous faites une tournée exclusivement européenne, France et alentours, ou grâce à Ross Robinson, vous avez des dates aux states?

M: On a fait quelques dates sur New York, et après c'est au fur et à mesure des plans qu'on a. Donc on va là où on veut de nous. Les seules bornes qu'on a, et bien c'est l'argent. Car ça coûte un peu plus cher de traverser l'océan que de venir en Belgique. Sinon l'envie, elle nous pousse jusqu'à Buenos Aires et Vladivostok!


ALA: Et les lives à New York, donc au pays des groupes à guitares. Comment ont-ils été accueillis?

M: Avant qu'on joue c'était horrible, mais après le concert, les mecs ne tenaient plus le même discours. Le mec du bar qui me dit « bravo », le mec qui organise aussi. C'était plutôt positif, mais on a un rapport assez particulier avec les États-Unis dans le sens où on a vécu un enregistrement à Los Angeles qui pourrait être considéré comme idyllique. Aux USA sur la côte Ouest, on dit que L.A. C'est pas les États-Unis, et on dit la même chose de New-York sur la côte Est! On a donc vu 2 « exemples » très spéciaux. D'un côté les USA ont une face géniale, magnifique, etc... mais ils ont aussi un côté ultimement pourri, et on a touché un peu des 2 – récemment c'était l’ultimement pourri.

C'est pas qu'on ne veut plus y retourner, mais on veut y aller dans de bonnes conditions. Voilà. Pas comme les frenchies qui veulent absolument passer l'Atlantique. Donc la prochaine, ce sera plutôt une préférence Russie-Chine-Japon pour l'international quoi.


ALA: En parlant du Japon, Il y a des artistes de là-bas en particulier avec qui vous aimeriez partager la scène?

T: Mono! Clair!


M: Il y a Envy aussi! Et Lite. C'est un groupe japonais absolument fabuleux qui est méconnu ici.


ALA: Boris, non? Ou Melt Banana?

M: hmmm... Je n'aime pas tout. Au bout d'un moment j'ai envie dire que je suis pas assez intelligent pour apprécier.


ALA: Pourtant il y a aussi ce côté un peu bête et méchant comme tu disais tout à l'heure.

M: je dirais plus un côté intello, bête et méchant! Faut avoir un gros background. Ça ne me parle pas directement.

Mais c'est par méconnaissance plutôt qu'autre chose. Mais je ne demande qu'à connaître et à apprendre! (rires)


ALA: Un grand merci!

T&Y: Merci à vous.


Propos recueillis par Suicyco & Raoul Duke


My Own Private Alaska

Myspace: http://www.myspace.com/myownprivatealaska

Site: http://mopa.dream-it.org/news.php?lang=en

Albums:

Amen (2010)

The Red Sessions (2011)


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