Frédéric Garcia AKA NIVEAU ZERO

(18/03/2011)



C'est à l'occasion d'une grosse soirée Dubstep-Tek Hardcore (Hertz Vs Tensionstep à Oudenaarde en Belgique) que nous avons rencontré le Sieur Niveau Zéro, Frédéric Garcia de son vrai nom. Après un album qui a chamboulé le genre (In_sect dont nous avons fait la chronique en novembre 2010), nous sommes penchés avec lui sur le commencement, l'actualité et le futur du bonhomme...



ALA: Salut! On va commencer par le commencement: Au début tu étais bassiste dans un groupe de hardcore. Qu'est-ce qui t'a amené à faire du dubstep?

FG: Ce qui m'a amené à ce genre de musique, c'est qu'après avoir fais partie d'une scène on va dire Hardcore, Deathmetal – j'ai fais tous les trucs les plus extrêmes qui soient -, j'ai eu un petit ras le bol. Ma discographie Metal s'est un peu arrêtée au début des années 2000. J'ai pratiquement fait une overdose de tout ça et j'ai mis ça de côté. J'ai découvert à ce moment là les free parties en France. Et en fait, je me suis retrouvé à faire partie de soundsystems, mais plus autour de la drum'n bass et ce genre de style. Au bout d'un moment, à force de mixer, tu as envie de produire.

En fait, je me suis mis à produire, mais pas du tout ce que je pensais! C'était de l'Abstract Hip Hop, avec des grosses basses à l'époque, un truc à 80 bpm. Et quand le Dubstep est arrivé, c'était parfait pour ce que je voulais faire, et je me suis dis "putain c'est ça!".

Plus ça allait et plus je retrouvais vachement de Metal dans le Dubstep! Ce côté des gros mash-up là, avec des breakdown! Déjà un peu dans la Drum'n Bass, il y avait beaucoup de gens que je côtoyais qui venaient du Hardcore ou du Metal, mais dans le Dubstep ça s'est carrément accentué!

Et du coup, j'ai retrouvé le goût de cette musique et j'ai eu envie de ressortir tous mes disques Metal. Je réécoutais machin et je me disais « putain! J'aimerais bien faire un remix de celui-là, celui-là celui-là! ».

J'en ai encore quelques uns que j'aimerais bien remixer là! « Davidian », celui-là voilà, je l'ai presque fini, il y a des morceaux de Fear Factory aussi. J'aimerais remixer « Roots » de Sepultura et d'autres encore... Pantera c'est dur hein! On a du mal à trouver des voix isolées! (rires)


ALA: Et ça ne te désole pas, que lorsque tu place des samples comme ces derniers, il y a très peu de gens aux concerts qui savent ce que c'est, d'où ça vient?

FG: Bah, ce sont des samples pour les vieux! (rires) Bon, déjà, ces samples ils sonnent bien, même si on ne reconnaît pas forcement ce que c'est. Mais après c'est marrant, il y a toujours 1 ou 2 personnes sur chaque date qui me dit « Ah mortel le sample de Hatebreed ou untel ». Et même, j'ai lu dans des chroniques sur l'album, des gens qui repéraient très bien les samples à tel point que heureusement qu'ils m'ont pas balancés pour les droits (rires)!


ALA: Et Mick Harris t'a-t-il servi quelque fois, non pas de modèle, mais plutôt d'inspiration sur le choix du chemin? Genre « Tiens après napalm death, il fait Scorn »...

FG: C'est marrant: la première date que j'ai fais en live c'était avec lui. C'était au Glaz'art. Je l'aime beaucoup et ça a certainement été une influence mais j'y suis venu sur le tard. J'étais plutôt Techno Animal que Scorn.

Quand j'avais fait cette 1ère date avec lui, je lui ai demandé « Alors? Des conseils? », et il m'a dit « Plus de Basses » (rires). OK, d'accord, et du coup j'ai écouté son conseil, j'ai mis plus de basses!

Mais oui c'est un bon gars...c'est un illuminé, mais je l'aime beaucoup et de toute façon il a influencé énormément de monde. Après, lui attribuer la paternité du Dubstep, je ne sais pas car c'est encore une autre démarche.


ALA: Tu parlais tout à l'heure de Techno Animal. C'est ça qui t'a aussi amené dans le hip hop en même temps?

FG: Au départ quand je suis monté sur Paris – J'étais dans le Sud avant, avec le collectif Frisson , on a monté un coup qui s'appelle Subculture et qui existe toujours d'ailleurs. Au début, on avait dans le projet un groupe de Hip Hop dans lequel je chantais, carrément. Et du coup le Hip Hop, ça fait partie de ma culture. Mais le Hip Hop un peu « ruff » quoi, y a vraiment là des trucs très très bons! Du coup j'avais envie d'en faire. Et plus ça va et plus j'ai envie à l'avenir, dans un prochain album, de mettre plus de Hip Hop, mais un Hip Hop un peu crossover...pas du linkin park, on parle pas de ça, un crossover vraiment Hip Hop, Rock et Dubstep avec cette énergie mélangée. Il y a un groupe qui s'appelle Aucan qui le fait très très bien! Un peu du Techno Animal mais mélangé avec du Dubstep quoi. Il avait fait Brotherhood of the Bomb un peu dans cet esprit là ouais.


ALA: Dans tes choix Hip Hop c'est toujours un phrasé « old school ». Pas Grandmaster Flash hein! Mais pas les « cris » de maintenant en tout cas...Des vrais MC quoi!

FG: Ouais! Mais moi j'aime bien ce qui se fait maintenant, dans le grime surtout. Après...dans les lyrics c'est autre chose mais j'aime l'énergie. Une sorte de « dirty grime » avec des guitares, ce genre de truc, qui « gratte » un peu. Ça péterait je crois.


ALA: A ce propos, comment t'as chopé Ben Sharpa? Comment ça s'est passé?

FG: Ben Sharpa, en fait, on l'a fait jouer. Et après la teuf, le lendemain, et bien on l'a mis dans le studio et on l'a posé sur un morceau! Il était vraiment en mode « After », en mode du lendemain quoi! Et du coup, il a chanté sur un morceau qui s'appelle « Dr Doom » qui est sorti chez Expressillon, qui n'a donc rien à voir. Après, j'ai fais un autre morceau, j'ai mis sa voix mais j'aimais toujours pas. J'ai ensuite fais encore un autre morceau, le définitif, avec la voix de Ill Smith. Donc voilà quoi, je l'ai chopé comme ça. Et c'est un ami aussi. Quand il passe à Paris, il passe à la maison.

On aimerait bien recollaborer ensemble et espérons que ça se fasse!


ALA: Et ça ne te tente pas de revenir un peu à tes anciennes amours et de remettre des grosses guitares en même temps que ton dubstep?

FG: beh pfff, ouais ça me brancherait bien, mais pour le moment je suis dans une position qui me plait bien: je suis booké sur des soirées vraiment dubstep...presques « traditionnelles », où je suis le côté un peu « extrême », et sur des plateaux comme au Maschinenfest où je suis un peu...le regard « funky » d'une programmation indus (rires).

Mais je suis aussi en contact avec le très très bon batteur de Henker, un groupe de Hardcore parisien très inspiré de Meshuggah et qui cartonne. Il a vraiment beaucoup aimé l'album et il m'a dit « dès que tu veux on se fait un truc, on essaie de monter un projet ensemble ».

ça me brancherait...mais j'ai peur que ça fasse...heu , tu sais des fois je trouve que ça fait un peu systématique de faire batterie et live...du coup, il faudrait qu'on trouve autre chose...ouais je ne sais pas trop, sur la longueur d'un live. A voir, c'est à creuser en tout cas!


Par contre, en tant que bassiste, moi reprendre de la basse sur un live, je pense que ce serait de la supercherie. Les basses numériques sont tellement lourdes, qu'une basse ça ferait « duh duh duh » avec les basses numériques qui feraient « BROOOOUUH ». ce serait donc juste pour le show, et non quoi.


ALA: Et ce ne serait plus du vrai live. Par exemple ce soir, ton live était différent de celui du Maschinenfest.

FG: Oui oui il évolue. A chaque presta, j'essaie de le changer. C'est simple, à chaque fois au moment où je suis en train de jouer, il y a quelque chose qui me dérange. Je le note et je bosse dessus après.


ALA: Et tu arrives, avec ton laptop, à « t'adapter » au public comme un DJ avec ses platines?

FG: je ne te caches pas que c'est un peu influencé. Même par rapport à ce que je faisais avant: je faisais un truc genre « dub-machin » mais plus lourd, plus electronica, plus mental. Et, en fait, je me faisais maltraiter par le public « dancefloor », drum'n bass. A l'arrivée du Dubstep, ça a été un peu dur de s'imposer! Genre « Alleeez envoie! Plus vite! ». Du coup, ça a changé un peu la nature du live et ensuite de toute les prods.

Et après, le fait de jouer à chaque fois avec des Djs – ils passent les morceaux assez vite, les structures sont respectées - , je ne cache pas que j'essaie de respecter ça quand même...en tout cas tant bien que mal! Après, si il y a une boucle qui tourne et que j'aime bien, je peux la laisser, la balancer dans un delay et tripper dessus! Mais oui, la compétition avec les Djs est assez dure (rires)!

Et les gens, je ne sais pas s'ils savent vraiment que c'est un live. J'entends encore beaucoup qui me disent « sympa le mix! ».


ALA: En parlant de compétition, le Dubstep est en vogue pour le moment, tellement en vogue que des gens comme Rihanna, Beyoncé et Britney Spears vont s'y mettre avec des producteurs de la scène. Comment tu vas te positionner avec ça? On va bientôt dire « ouais il fait du Dubstep comme tout le monde »?

FG: J'ai surtout pas envie de finir à faire toujours la même chose, genre les vieilles gloires tu vois? Justement, on en parlait tout à l'heure, j'avais déjà envie de mettre d'autres styles dans l'album, comme le Hip Hop par exemple. Je ne veux pas ne faire QUE du Dubstep pour être dans le moule comme tout le monde et dire « ah c'est bon j'ai des booking et tout! ». J'ai envie de faire un peu ce qui me plait à côté et essayer de le mélanger!


C'est ça qui m'a séduit dans cette musique: c'est un peu la cour de récré! T'as le bpm, 140, et après tu fais ce que tu veux, vraiment! C'est dommage, je trouve que les gens ne s'essaient pas assez à l'expérimentation, parce qu'ils pourraient faire des trucs bien barrés! Ils suivent la dernière tendance en terme de son, de basse. Et ce qu'il faut être c'est le découvreur, celui qui avance le style. Il faut innover, il faut te renouveler!

Après, si le Dubstep ce sera ad vitam aeternam, je ne sais pas...Ils inventeront un nouveau truc! (rires)


ALA: Et pour tes projets, tu es toujours en tournée pour l'album ou tu as déjà d'autres choses sur le feu?

FG: ça va assez vite là! Je fais encore quelques dates par rapport à l'album, mais sinon j'ai sorti entretemps un maxi chez Ruff (Peace Off) où je remixe « Roots » de Sepultura. Alors là il va y avoir une sortie, je l'attends depuis longtemps et ça sort en mars, chez Hench, des Anglais, avec VonD. Un truc complètement différent, mais j'ai essayé de m'adapter à VonD!

Je viens aussi de faire un remix pour Bong Ra, pour son album. Il a intérêt à le garder sinon je ne lui parle plus (rires), et on a aussi fait une collab avec Matta. C'est pas mal de collab et de remixes pour le moment!


Je vais remixer The Unik aussi et un groupe de Hardcore qui s'appelle As They Burn. je vais aussi remixer High Tone... Un peu trop de remixes c'est vrai! J'ai hâte de faire des morceaux pour moi, je ne te le cache pas!


Sinon il y a Château Bruyant, le label que je monte avec des potes et qui, après des releases digitales, va sortir son 1er vynil bientôt!



ALA: Tu n'es donc pas encore sur un deuxième album pour le moment...

FG: non pas encore, mais on y pense!


ALA: Toujours chez Ad Noiseam?

FG: Je pense oui. Je suis très content de la collaboration avec Nicolas (ndlr: Chevreux, le boss d'Ad Noiseam). C'est quelqu'un qui bosse très très bien et qui est très intègre...et ça c'est rare! (Rires)


ALA: Tu vas jouer prochainement au Liban – je te préviens ce sont des furieux! A quoi t'attends-tu là-bas? Tu as pris des échos de Nico et Lynn (ndlr: Nicolas et Enduser qui sont déjà allé au liban pour la même orga)?

FG: Apparemment ça s'est très bien passé pour eux. J'ai rencontré Adi, le gars d'Acousmatik, et on s'est très bien entendu! Du coup j'y vais avec X&Trick et Knex de Bugklinik. On part ensemble là-bas, c'est ma 1ère date au Liban.


ALA: Tu ne fais qu'une seule date là-bas?

FG: Ouais une seule. J'y pars qu'un weekend et je reviens bosser direct. Je suis content car c'est un pays que j'aime: mon père y a vécu pendant 1 an et il m'en a pas mal parlé! J'ai écouté des cassettes de bombardements, de guerre qu'il avait enregistrés.

Ouais ça me branche bien car contrairement aux idées reçues que les gens peuvent avoir sur les libanais entre autres, je trouve justement qu'ils ont les couilles de faire tout ça!


Après, je devrais normalement avoir une date en juin en Tunisie pour un festival qui s'appelle...le « FEST ». Mais du coup je ne sais pas du tout comment ça va se passer.

Mais c'est bien, parce que je pensais que j'allais rester sur les pays du Nord et je vois maintenant qu'il y a de la demande ailleurs aussi!


ALA: Est-ce qu'il y a un pays où tu rêverais d'aller jouer? Soit pour le défi ou par goût.

FG: J'ai eu ma 1ère date en Angleterre (rires)! Ça pour moi, c'était le défi! Depuis le temps qu'on booke des Anglais!

Sinon...tu sais quoi? J'aurais adoré le Japon, mais je crois que c'est mal barré là. Après...en Russie? Mais la Russie ça me fait limite flipper (rires). J'ai entendu des histoires qui sont arrivées à Enduser, ça m'a un peu refroidi...


ALA: Merci Fred!

FG: Merci à Toi!


Propos recueillis par Suicyco


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