Duchess Says

Dour (15/07/2011)




C'était au détour du festival de Dour en l'an de grâce 2006, lors de notre première prestation journalistique à la Hunter Thompson là-bas que nous avions découvert les québécois de Duchess Says qui accomplissais une tournée avec leur potes We Are Wolves.

Ils nous avaient tellement tapé dans l’œil que nous avons sauté de joie lorsque nous avons appris leur retour cette année au même festival, et nous étions impatients d'enfin les rencontrer et de voir ce qu'il se passe dans le cerveau de ces allumés.


Leur mélange bien à eux de Post Punk, Rock noisy tirant tantôt vers l'indie, tantôt vers la déstructuration No Wave devient rapidement une réelle expérience genre rencontre du troisième type volant au dessus d'un nid de coucous. Les prestations d'Annie-Claude, la chanteuse, rappellent l'intensité et le « pétage de plomb » d'une Lidya Lunch des jeunes années. Ses comparses ne sont pas en reste car ils assurent leur partie haut la main, réussissant à gérer leur musique tout en changements de rythme ainsi que l'improvisation de leur chanteuse/slameuse/danseuse/exploratrice de salle et de public.


Comme souvent, nous avons rencontré en Annie-Claude et Philippe (le guitariste/bassiste) des gens très sympathiques et relativement posés, à l'opposé de leur jeu de scène avec qui nous avons plutôt eu une discussion amicale très agréable qu'une simple interview.


ALA: Vous existez depuis combien de temps?

Annie-Claude: Environ 7 ans.


ALA: Ha! Donc, lorsque vous êtes venus ici la première fois, vous n'existiez pas depuis très longtemps!

Philippe: La formation en tant que telle en tout cas. Annie-Claude et Ismael (ndlr: guitare/clavier) se connaissent depuis 15-16 ans et je les ai rencontré en 2001. Mais le groupe comme il est maintenant existe depuis 2004.


Annie-Claude: Quand tu nous as vu ici en 2006, on n'avait pas d'album encore.


Philippe: on faisait semblant de jouer (rires).


ALA: c'était super instantané dites donc! Quelle était votre motivation, vos influences pour Duchess Says?

Philippe: On a été très influencés par la musique punk, mais on avait surtout besoin de nous défouler, de ressortir nos émotions, extérioriser nos énergies, faire la fête. La meilleure façon qu'on a trouvé a été de faire de la musique.


Annie-Claude: La new wave aussi...la no wave. On avait surtout envie de s'exprimer! Ce n'est pas trop calculé en fait, on se laisse surtout aller.


ALA: Et toi Annie-Claude, qu'est ce qui se passe pour toi sur scène? Car tu as un jeu scénique très intense!

A-C: Je ne sais pas exactement ce qu'il se passe sur scène, sauf que j'adore ça. Dans la vie, je suis quelqu'un de relativement réservé. Sur scène, je perds toutes mes inhibitions. J'ai envie de m'amuser et surtout que le public s'amuse aussi, que ce ne soit pas « pogné de cul » (ndlr: traduisons par « vide », « ennuyeux »). Je pense qu'on peut aller très loin quand les gens participent!


P: Ce n'est jamais calculé mais au feeling. On ne pense jamais à l'avance « tiens je vais faire ça ce soir ». on aime bien l'improvisation.


A-C: Exactement! Je ne fais pas du tout tout le temps la même chose. Ça peut être complètement fou, ça peut être très sobre, ça peut être de toutes les façons possibles. Ça dépend de plein d'éléments.


ALA: vous connaissez Lidya Lunch?

P: Ouais, Teenage Jesus!


A-C: on a joué avec eux à Montréal!


P: On avait ouvert pour eux. C'était un honneur parce que c'est un peu la reine!


ALA: (à Annie-Claude) Et bien ton style sur scène me fait beaucoup penser à ses prestations, surtout dans ses plus jeunes années. Le concept « tout est possible » tu vois?

A-C: Elle me disait justement qu'en même temps on étaient similaires et opposées dans la façon de s'exprimer. Elle est plus « fucker », elle ne parle pas au public. Tandis que moi, j'ai le même esprit qu'elle mais je n'ai pas envie d'envoyer le public se faire foutre. Ça m'arrive d'envoyer chier le monde, mais en gros j'ai plus envie de créer quelque chose avec les gens.


ALA: Et que les gens reçoivent ou pas, c'est ton trip à toi. Enfin, j'ai comme l'impression que tu es dans ton monde.

A-C: oui c'est ça. Mais c'est important quand même pour moi – même si j'ai l'air déconnectée – de partager des choses avec les gens. C'est eux qui me donnent l’énergie, qui m'inspirent.


ALA: Comment est la scène dans laquelle vous tournez au canada, au Québec ou même en Amérique du Nord?

P: Ça se passe beaucoup à Montréal. Le Canada c''est un grand pays bien sûr, mais il y a 3 grosses villes où il y a les principales scènes: Montréal, Vancouver et Toronto. Mais pour nous c'est tellement loin que c'est parfois aussi difficile de tourner à l'autre bout de notre pays que d'aller à l'étranger!


A-C: Nous sommes déjà allé à Vancouver et Toronto et c'était vraiment bien. Mais comme dit Philippe, chez nous c'est vraiment Montréal. Et puis, il y a beaucoup de gens de Vancouver et de Toronto qui déménagent à Montréal, donc il viennent vers nous!


P: Le côté français-anglais. Il y a un clash des cultures, c'est riche pour l'art. Il y a vraiment beaucoup d'artistes qui s'y rencontrent.


ALA: Et les États-Unis? Il y a de la réception sur ce que vous faites?

A-C: Oui mais on n'y est pas allé si souvent que ça. Nous sommes déjà allés à New York, mais on est plus souvent en Europe que là-bas! Pour les USA, on avait surtout fait une tournée avec les gens de Leningrad (ndlr: les Georges Leningrad). C'était une grosse tournée complète des États-Unis et du Canada.


ALA: Je crois aussi que la fois où vous êtes venus à Dour en 2006, vous faisiez aussi une tournée avec eux, non?

P: On les croisait et on faisait les mêmes festivals mais décalés. On les avait rencontré ici à Dour et on avait fait la fête avec eux.


A-C: c'est vrai que quand existaient les Georges Leningrad, on était tout le temps avec eux et aussi avec les Wolves (ndlr: We Are Wolves, autre coup de cœur de 2006!). Il y a quelque chose de commun entre nous tous.


P: C'est une vraie famille.


ALA: Des artistes de là bas m'avait déjà dit que dans leur scènes – par exemple des musiques extrêmes qui s'éloigne du concept « Rock'n Roll » classique des USA – ils jouaient souvent devant 20-25 personnes, alors que lorsqu'ils viennent en Europe, il pouvaient facilement faire un concert devant 300-400 personnes. Est-ce que vous avez la même expérience?

P: oui c'est exactement la même chose. Enfin ça dépend bien sûr: on a déjà joué aux Etats-Unis où il y avait des 3-4-500 personnes, mais c'est extrêmement rare.


A-C: mais c'est aussi une chose que tu travaille. Le « following » comme on dit: il faut que tu y ailles souvent.


P: Mais on se fait plus inviter en Europe qu'aux USA. On dirait qu'il y a plus d'ouverture ici sur les musiques un peu différentes.


A-C: On se sent vraiment chez nous ici. Lorsqu'on arrive ici, on ne se dit pas « Oh mon dieu, où suis-je! ». Non, c'est comme si on était chez nous.


ALA: Même sur New York? Il y a pourtant une grande tradition de rock alternatif, et aussi la nouvelle scène de Brooklin!

A-C: La dernière fois où nous y sommes allés, c'était le meilleur souvenir. La soirée qui était organisée était vraiment « plaisante », le public était notre « public cible »! et aussi, le mec des Yeah Yeah Yeahs est venu à nos 2 concerts, il a adoré et on a pu faire la tournée européenne avec eux. Mais à part cette fois là...bof. Mais l'accueil en Europe est tellement bon que quand tu vas ensuite aux États-Unis tu es déçu. Par exemple, on n'avait pas de cathering et il faut que tu te débrouille quelques fois pour te loger.


P: Ici on est logés et nourris, c'est chaleureux. Aux États-Unis c'est « dépêchez-vous, partez, allez-vous en ».


ALA: Et ici Europe, où cela fonctionne le plus pour vous?

P: C'est la France et l'Angleterre en principal, ensuite la Belgique, la Hollande. L’Italie et l'Allemagne aussi.


A-C: L’Angleterre au début c'était moyen, mais là ça a commencé à bien aller.


ALA: Depuis 2006, quelle a été l'évolution de votre groupe et de votre musique? C'est toujours le même trip ou vous avez attaqué autre chose?

A-C: C'est différent: ce ne sont pas les mêmes images qui nous inspirent. La dynamique a changé.


P: On a grandi en tant que groupe car on était très jeunes – en tant que groupe je veux dire. C'était notre première tournée en Europe. L'alchimie entre nous a beaucoup évolué.


A-C: Nous sommes plus sûrs de nous aussi.


ALA: Vous n'avez qu'un album à votre actif?

A-C: oui, on a fait un album et puis des ep's, et on sort notre deuxième album en octobre.


ALA: Il a déjà un nom?

A-C: « In a fung Day T! »


ALA: Avez-vous des retours sur vos disques, surtout en Europe? Je veux dire, bon on connait la situation actuelle et je me demandais si de l'autre côté de l'Atlantique pour vous, vous entendez qu'on achète vos disques.

A-C: oui on vend quand même assez bien de « merch » (ndlr: merchandising)


P: c'est surtout lors de nos lives...mais en fait je ne sais pas trop! J'm'en fous tellement que je ne suis jamais au courant de combien on a vendu. La maison disques, elle doit savoir mais de mon côté j'ai l'impression qu'on vend jamais de disques! (rires)


A-C: C'est toujours mystérieux tout ça. Ce un truc qui ne nous intéresse pas vraiment. Je sais que ça fais bizarre de dire cela car c'est quand même « l'Argent », mais on n'est pas tellement conscient du nombre de disques vendus. Ici ou ailleurs. Je ne sais même pas le prix de notre disque!


P: J'ai quand même constaté un changement depuis 2006 environ. Avant cela en tournée, on vendait beaucoup plus de disques qu'aujourd'hui. Maintenant c'est « il me reste 10 euros, je vais aller chercher des bières et je vais downloader votre album »... avant on n'entendait pas ça!


ALA: vous êtes chez quelle maison de disques?

P: Alien8


ALA: Je demandais tout cela car je me pose un peu la question sur une différence, peut-être, entre les habitudes d'achats en Amérique et en Europe. On achète ou non des T-shirts, des disques ou rien...

P: En fait, je ne vois pas beaucoup de différence. Mais à y réfléchir, c'est vrai qu'en Angleterre, c'est là où l'on vend le moins.


ALA: Vous aviez dits être assez influencés par la scène no wave, le début des 80's. J'ai eu des images qui me venaient en vous écoutant. Ce genre de scènes qu'aurait pu tourner le Wim Wenders des débuts, de l'Allemagne rock des 80's.

P: Oh merci! Totalement!


A-C: C'est exactement ça! Et c'est drôle que tu dises ça car notre prochain album sera encore plus dans cette veine.


ALA: C'est une grosse source d’inspiration le cinéma pour vous?

P: Nous sommes des fanatiques de cinéma et on s'inspire beaucoup des images, des ambiances qu'on voit. Beaucoup de vieux films comme ceux de Polanski.


ALA: Je pensais aussi à des scènes presque « frénétiques » comme certains Fasbinder.

P: Oui mais c'est toujours bizarre car notre musique est peut-être comme ça, mais dans la vie je suis des fois à l'opposé de ça.


A-C: c'est comme la musique que j'écoute. J'aime écouter de la musique très lente! Regarder des films longs et calmes.


ALA: Ce n'est pas si bizarre: j'ai souvent remarqué que plus la musique est extrême, plus leurs auteurs sont très calmes dans la vie!

A-C: oui d'ailleurs à un concert, le garçon qui faisait le son cherchait la chanteuse et à un moment il se retourne vers moi et me demande si je n'ai pas vu la chanteuse de Duchess Says. Quand je lui ai dit que c'était moi, il n'en revenait pas. « Je ne t'imaginais pas comme ça » qu'il m'a dit! Après le show il m'a même dit « avant, je pensais que t'étais une petite fille à maman! ». (rires)


ALA: Avez-vous eu une expérience, anecdote particulièrement amusante dans vos rencontres avec le public?

P: Haha! Il y en a plein! Mais celle que j'ai trouvé drôle...mais en fait c'est pas drôle. On était dans une longue tournée et on revenait de Marseille pour jouer à Bruxelles et Annie-Claude qui commencent à dire – à Bruxelles – des « Bonsoir Marseille »! Tout le monde la regardait bizarrement. (rires)


A-C: Et aussi à Vancouver!


P: Ha oui! On était à un concert mais il n'y avait personne pour le son et on n'entendait rien. Alors Annie-Claude est allée à la console et elle à tout mis à fond. Dans la salle, il y avait 500 personnes... Après 10 minutes, il en restait 10.


A-C: En fait c'était une soirée un peu huppée, hipster. Mais ça bougeait pas , et il n'y avait vraiment personne pour le son. Donc tout le monde est parti et il ne restait plus que 5 personnes.


P: Mais pour ces 5 là, ça a été un show culte. Tout le monde dansait et disait « wouah c'est génial ce « feedback »! (rires)


ALA: J'ai vu certaines vidéos où vous jouiez dans des petites salles sans scène, ou même dans des galeries. Et donc carrément dans le public. Quels sont les endroits où vous jouez le plus fréquemment?

A-C: De tout. À l'époque, une grosse scène comme ce soir, je détestais. Trop gros. Maintenant, après tous les concerts que l'on a fait, j'aime bien.


P: C'est vrai aussi qu'après beaucoup de grosse scènes, c'est cool d'aller refaire des shows dans des lofts. En fait c'est un tout. Il ne faut pas rester sur le même public ou type de spectacle.


ALA: Et votre « scène », le milieu où vous jouez le plus?

A-C: Au départ, on jouait plutôt dans un milieu « electro ». Ensuite, on a voulu s'éloigner un peu de ça et nous sommes allés dans une scène plus « noise » et rock / punk.


P: Tous nos amis sont dans des groupes noisy rock ou « garage ».


ALA: et votre approche est la même? Le retour aussi?

A-C: Notre approche est toujours la même. Quant au retour, c'est vrai qu'il y a des milieux comme l'indie par exemple, où les gens restent droits, ils vont moins slammer.


ALA: Votre prochain album sort en Octobre. Vous prévoyez de revenir en Europe à l'occasion?

A-C: oui, peut-être fin novembre, début décembre.


P: On n'a encore rien de précis, mais c'est en train de se monter pour qu'on vienne, oui.(ndlr: c'est maintenant confirmé, voir plus bas)


ALA: Et on sera là! Je vous remercie.

P & A-C: Merci à toi.



Propos recueillis par Suicyco


DUCHESS SAYS

Site

Myspace

Facebook

Nouvel Album " In a fung Day T!" - Sortie le 11/10/2011 chez Alien8 (le 21/11/2011 en France)


Tournée européenne 2011:

12-05 Paris, FR @ Point Ephémère
12-06 Oullins, FR @ Le Clacson
12-07 Clermont-Ferrand, FR @ La Cooperative de Mai %
12-08 Besancon, FR @ PDZ (Festival Génériq)
12-09 Dijon, FR @ Consortium (Festival Génériq) #
12-10 Belfort, FR @ La Poudrière (Festival Génériq) #
12-12 London, UK @ CAMP
12-13 Manchester, UK @ Castle Hotel
12-14 Norwich, UK @ Norwich Arts Center
12-15 Brussels, BE @ Magasin 4
12-16 Berlin, DE @ Magnet Club
12-17 Den Haag, NL @ State X New Forms Festival
12-18 Utrecht, NL @ DB's
12-19 Ghent, BE @ Cafe Video
% w/ Black Lips
# w/ The Men





Retour aux interviews                                                                                                    Back to the top

                                                                                             
      

  

Comments