Dossier Dour (1) - Véronique Ménéghetti

(25/04/2011)









Un festival ne serait pas, sans les acteurs qui font l'envers du décors. Dour sans ses bénévoles n'existerait simplement pas. Des bénévoles qui ont dû apprendre à évoluer avec le festival et son ampleur grandissante.
Quoi de mieux que de rencontrer quelqu'un qui fait partie de cette grande famille depuis quasiment le début? C'est ce que nous avons fait avec Véronique Ménéghetti, longtemps responsable "loges", c'est à dire l'accueil des artistes mais surtout la préparation et la satisfaction de leurs exigences! Maintenant responsable crew, elle rempile encore pour cette année!


ALA: Quand êtes-vous entrée dans l'organisation du festival?

Véronique: Je suis entrée lors de la 3ème édition, comme assistante catering. J'ai fait ça les deux premières années, ensuite on m'a demandé d'être responsable catering artistes, ce que j'ai fais durant 3 ans. Et puis, comme je ne savais plus m'occuper à la fois du catering et des loges, on a séparé les deux, et là je me suis occupée uniquement des loges. Je l'ai fait pendant 12 ans et ça devenait de plus en plus important chaque année. J'ai arrêté les loges en 2007 parce que justement ça devenait trop lourd pour moi et je suis redevenue responsable catering crew.


ALA: Donc, lors des 2 premières éditions, vous y étiez entant que festivalière?

V: Oui!


ALA: Qu'est ce qui vous donnée l'envie de passer de l'autre côté?

V: En fait j'ai fait mes études avec Carlo (ndlr: Di Antonio, le fondateur du festival). Nous sommes amis d'enfance, nous avons fait nos secondaires ensembles (ndlr: pour les français: collège et lycée). Un jour je l'ai croisé et il m'a dit « tiens, tu ne voudrais pas nous donner un coup de main? » et voilà! (rires).


ALA: Le festival a toujours évolué, mais les plus gros changements ont eu lieu lors des 8 ou 10 premières années. En organisation, taille et public. Qu'est-ce qui a changé pour vous dans la façon de travailler?

V: Il a déjà fallu être beaucoup plus organisés! C'était des riders (ndlr: listes fixant les conditions d'accueil de l'artiste) qui arrivaient déjà au mois de mai, qu'il faut vraiment éplucher et il faut absolument satisfaire tout le monde. Les gros groupes américains, ils ont le rider avec eux quand ils arrivent, et point par point ils vérifient si ils ont tout ce qu'ils ont demandé.


ALA: Les M&M's bleus par exemple?

V: Haha! Ça ne va pas jusque là. Comme je dis toujours: on ne trouve pas, on ne trouve pas!


ALA: Comment ont évolué les équipes pour, en partant d'un niveau bénévole pour petit festival, arriver à assurer une qualité professionnelle?

V: Pour ma part, j'ai une équipe qui me suit pratiquement depuis le début, qui bouge avec moi. On s'est déjà nous-même organisés. Au niveau de la langue déjà: on n'est pas tous anglophones. Et aussi au niveau recherche: lorsqu'on a par exemple un alcool bien spécifique qui est fabriqué dans un seul endroit en Ecosse, on doit savoir qui s'en charge. Mais c'est un travail d'équipe avant tout. Enfin, je fais la préparation, mais au moment du festival, là c'est l'équipe.


En gros, la progression s'est faite graduellement, en douceur au fil des éditions


ALA: Il n'y pas eu donc quelqu'un de l'extérieur qui est venu vous coacher?

V: Non non non. C'était vraiment par l'expérience. Nous nous sommes nous même adaptés aux changements.


ALA: Et au niveau des infrastructures, ça a toujours été les mêmes endroits?

V: Non. Au début, les loges étaient dans le hall de Dour Sport (ndlr: pour les habitués du site, le batiment en dur à côté de la red frequency stage, actuellement press room et restaurant « crew ». C'était des loges en bois – il y en avait 26 - et le restaurant artistes était au milieu. C'était comme ça jusqu'en 2002, Ensuite il y a eu des exigences de la part des agents, des tours managers, de LiveNation qui voulaient que ce soit un petit peu plus « select » et donc nous avons investit l'Athenée...et ce n'était pas une mince affaire! Ce sont des kilomètres de couloirs pour porter les riders, installer le groupe. Et quand on pense qu'on a l'équivalent de 60 groupes par jour tout confondu – aussi bien Dj's, petits groupes belges, gros groupes américains – et qu'on n'a que 23 loges... on doit assurer des gros roulements!

Et il y a des groupes qui veulent leur loge dès le matin et jusqu'au soir, notamment les têtes d'affiche. C'est vraiment tout un système de roulements qu'il faut organiser: le groupe a droit à sa loge 1h avant et 1h après. Puis il faut veiller à faire le roulement pour que le groupe suivant puisse y venir. C'est effréné!


J'arrivais à 8h du matin jusque 4h du matin. Et toujours au top. Ce n'est pas parce que les heures passent qu'on peut se relâcher, bien au contraire! C'est de plus en plus important, de plus en plus gros et de plus en plus exigeant. Et il y a tout ce qui est nettoyage! Non c'était devenu trop lourd pour moi! (rires)


Maintenant il y a une jeune dame qui a repris. Au début, je l'ai peu écolée et je pense qu'elle s'en sort bien, mais ils ont aussi eu des renforts pour le nettoyage et tout ce qui est satellite à ce poste.


ALA: Vous avez le temps encore de regarder des concerts?

V: Quand je faisais les loges, je faisais quelques fois des années sans aller sur le site! Surtout du temps de l'Athenée. Lorsqu'on étais à Dour Sport, c'était encore facile car la Last Arena était derrière, on savait aller voir 10 minutes d'un concert, il n'y avait pas de problèmes. De l'autre côté, ce n'était pas la peine.


ALA: Et ce n'est pas râlant de se dire « voilà je suis bénévole et je ne peux pas voir un seul concert »?

V: Quelque fois oui. Il suffit que je dise que je veux voir tel groupe 10minutes et c'est à ce moment qu'il se passe quelque chose et qu'on m'appelle. Par contre, depuis que je suis au catering crew, je ferme à 22h, à 23h c'est débarrassé et je peux aller voir quelques concerts (rires)!


Mais bon, c'était quand même bien car on avait le contact avec l'artiste, les gens des maisons de disques, les agents... Il y a des liens qui se sont tissés!


ALA: Est-ce que vraiment ce sont les gros groupes internationaux qui sont les plus difficiles? Il y a des idées préconçues qui tombent peut-être? Genre la pop c'est moins gentil que ça en a l'air, le hardcore le contraire?

V: non, absolument pas! En fait, je n'ai jamais eu de gros clash avec personne. Au contraire! Les plus « difficiles d'approche » sont tous les gens autour des artistes, mais bon c'est leur rôle. Mais les groupes en eux-même, franchement aucun problème. Je ne sais plus pour quel gros groupe, mais on a du faire baby-sitter pendant leur concert! Au début c'était « faites attention à ce groupe, ils sont « space » », et finalement les enfants jouaient dans mon bureau, c'était rigolo.


Plus particulièrement avec les groupes de hardcore, c'est avec eux que j'ai le meilleur contact! Ce sont des gens, si il n'y a pas assez de loges, ce n'est pas grave, ils se mettent tous ensemble dans la même loge sans râler.

Et c'est vrai que la pop, c'est un peu plus difficile. Le rap français aussi. Par contre, on a eu des rappeurs new-yorkais, vraiment les gros gars en maillot de basket, d'un abords assez intimidant. Et puis c'est la gentillesse même!


ALA: Jamais de gros clash ou de déception par rapport à certains?

V: Non jamais. Même en chanson française: c'était la dernière année où je faisais les loges et ils faisaient encore les « 3 terrils » (ndlr: « pré-festival » pour les plus jeunes). On a eu Pascal Obispo qui est arrivé très tôt...et bien il a joué au frisbee avec ma petite fille, elle a joué avec son fils. Ça s'est très bien passé!

Il ne faut pas non plus que l'artiste à son arrivée, on lui saute dessus comme des fans. Je drillais bien mon équipe là-dessus. Quand ils sont dans les loges, ça doit être calme, il doit y avoir du respect. Et comme ils ne sont pas agressés pour des autographes etc, ça se passe bien.


ALA: Et c'est sûrement plus familial que les toutes grosses structures.

V: C'est clair que c'est moins bling bling, et ce n'est pas pour leur déplaire!


ALA: Vous avez déjà eu des retour de la part d'artistes qui se sont particulièrement plu?

V: Oh oui. Et d'ailleurs, lorsque j'ai arrêté de faire loges, il y a eu des groupes qui étaient déjà venu qui demandaient après moi (rires). Et c'est vrai qu'il y a des liens qui se tissent: Mike Patton, tout le monde idolâtre Mike Patton, et Mike Patton passait tout le temps dans mon bureau me faire coucou!


Beaucoup de mails de remerciement après le festivals aussi!


ALA: Et justement, est-ce qu'il y a eu des artistes qui auraient « avoués » revenir surtout parce que c'était Dour? Pour l'accueil, l'ambiance.

V: Déjà Tom Barman. Il est venu quelques fois! Du temps de Deus, en solo ou en Dj set. Et bien lui c'est le genre à crier dans les corridors « Véronique! Je peux avoir ma bouteille de vodka? » (rires).

Il vient pour s'éclater et boire un coup avec ses copains en fait! (rires)


ALA: Et pour les jeunes qui sont venus s'intégrer à l'équipe, disons après 94-95, quand le festival avait déjà bien grandi, comment réagissaient-ils?

V: Il étaient un peu craintifs au début bien sûr. C'était déjà le gros système!


ALA: Et comment ils vivent le fait de passer de l'autre côté de la barrière, après avoir vécu le festival en spectateurs?


V: En fait ce sont des festivaliers qui viennent faire 8h. De mon côté, je n'impose pas: chacun choisit ses heures, du moment que le boulot se fait.

Mais c'est qu'ils sont intimidés quand ils arrivent! « wouah les groupes! » ou bien « J'adore tel groupe, est-ce que je peux porter leur rider? Est ce que je peux m'en occuper!!! » (rires)

Tandis que ceux qui sont là depuis le début, je ne vais pas dire qu'ils sont blasés, mais plutôt habitués. Ils ont évolués avec le festival. Ils l'ont connus petits et suivi sa progression.


ALA: Est-ce que leur vision d'un festival change après ça?

V: Oui. Déjà, ils voient qu'on n'improvise pas. Ils prennent leur rôle au sérieux quand même, et ils voient que c'est un vrai boulot.


ALA: On va maintenant parler d'un moment important et fatidique: le fameux jour 4! Est-ce que ça va encore aussi chez les bénévoles?

V: C'est vrai que c'est celui que j'aime le moins! Franchement, pfff! Pour les jeunes, ils arrivent de plus en plus tard. On dit le jour 4, mais je dirais aussi le jour 5! là c'est pire, on peut les compter. Il n'y a plus rien qui les tient, ils ont déjà fait leur festival.

Je peux toujours dire « si tu ne viens pas dimanche, je coupe ton bracelet ». Pour le 5ème jour...


ALA: Il y a ceux qui veulent revenir l'année d'après, non?

V: Pas toujours! (rires). Mais c'est vrai que pour le jour 4, on a déjà eu des problèmes. Pas au niveau mais au « run », à la cuisine, même à la sécu! Il n'y avait plus personne le soir...


Quand on était encore à Dour Sport, le dimanche soir c'était la grosse crainte! Tout le monde revenait chez nous pour faire la fête. On ne savait pas fermer et il fallait quelques fois gendarmer. Mais bon...c'est le festival de Dour hein! (rires)


ALA: On doit souvent demander aux artistes vers 5 ou 6h du matin « bon là, il va falloir s'en aller! », j'imagine.

V: Oh oui! Ou alors on en retrouve endormis le lendemain! Ils ne sont pas partis! Mais ce n'est pas les gros noms, ils quand même une image à tenir.


ALA: Bah...j'en connais certains que ça ne gêne pas trop, l'image! (rires)

V: HAHA! Je sais bien qu'à Dour Sport, j'en ai retrouvé un dans les toilettes. Il avait été aux toilettes la veille et il s'était endormi là. Et au matin en ouvrant la porte... (rires)


ALA: Nous en avons bien retrouvé accrochés à des barrières « Heras »...

V; Ha bon!!! (rires)


ALA: Revenons un peu à ce « jour 5 »,quand tout est fini. Comment ça se passe?

V: Dès que les derniers festivaliers sont partis et que les portes sont fermées, l'équipe qui loue le matériel commence déjà le ramassage durant toute la nuit. Il faut tout rassembler, tout nettoyer. Dans les loges, il faut faire l'inventaire de ce qu'il reste, car comme nous travaillons sur dépôt, le type arrive le matin même pour reprendre ce qui n'a pas été entamé.


ALA: Comment vous voyez l'évolution du festival? Il y a des regrets peut-être?

V: Je regrette quand même l'époque des loges à Dour Sport. L'Athenée est plus froid, impersonnel. Des groupes qui ont connus les anciennes loges et qui reviennent qui disent « Mais c'est quoi ce truc? ». Ce sont des classes! On ne sait pas faire de miracle. On peut essayer de camoufler, agrémenter avec des plantes, ça reste une école avec des longs couloirs.

Et autrefois à Dour Sports, qu'ils soient têtes d'affiche ou petits groupes, ils étaient tous dans le même espace. Ils pouvaient nouer des contacts, offrir leur CD à d'autres artistes,...et ça c'est unique!


Et aussi l'époque de la Last Arena qui était près de la production. Tout ce coin là où je bossais, il est un peu mort le soir maintenant.


ALA: Et si c'était à refaire?

V: Surement, oui. Mais je serais certainement plus exigeante vis-à-vis de l'organisateur dès le départ! (rires)


ALA: Justement, Est-ce qu'avec l'expérience on peut apporter des suggestions, des modifications?

V: Oui, oui on le fait! Il y a de toute façon une confiance qui s'installe, on sait discuter très facilement. Et de toute façon, chaque année on fait un debriefing afin de toujours améliorer.


ALA: Et vous continuez encore alors?

V: Chaque année je dis que j'arrête (rires)! En fait nous avions (ndlr: son mari et elle) vraiment démissionné par fatigue, mais ils avaient du mal à trouver des gens donc j'ai dis « bon, allez »! Mais surtout, il y a tellement un esprit de camaraderie, d'amitié que c'est difficile d'arrêter. On est quand même ensembles depuis le début! Et les gens de mon équipe avait de toute façon continué de me demander « Quand doit-on s'inscrire ?», « Est-ce que ce sont les même heures que l'année passée? », que j'ai finit par rempiler!


ALA: Et avec votre bagage, comment entrevoyez-vous l'avenir pour le Festival?

V: Ils sont obligés d'être de plus en plus professionnels, ça c'est clair. Des bénévoles il y en aura toujours. Sans les bénévoles, il n'y a pas de festivals. Mais je ne pense pas que les rumeurs d'une prise en main par une boite extérieure pour l'organisation se vérifieront. Tout dépend bien sûr s'il y a un problème au niveau financier une année, mais sinon je ne pense pas.

Quand ça a été sold out pour la première fois il y a 3 ans, ça a cartonné. Depuis ça baisse et cette année c'est restrictions. Sûrement qu'ils préfèrent restreindre certains postes pour favoriser la programmation. Et cette année, tout le monde dit que c'est la meilleure affiche depuis longtemps!


Les responsables des gros postes ont ceux qui ont pratiquement commencé avec le festival. Bien sûr il y a des départs et des nouveaux venus, mais les responsables sont les mêmes et ne vont pas changer de mentalité maintenant. Donc non, ça ne va pas devenir un « Werchter bis ».


ALA: Est-ce qu'à l'intérieur, on parlait de ça? Des « problèmes » de programmation des dernières années

V: Oui. Certaines personnes conseillaient de prendre moins de groupes mais des plus gros par exemple. Mais ce sont toujours des choix difficiles!


ALA: Une dernière question...quand des gens disent que ce festival avec plus de 200 groupes et 6 scènes est trop cher, que leur répondriez-vous?

V: Évidemment ça dépend pour qui, car pour un petit jeune c'est toujours difficile de sortir une telle somme. Mais à part cela, je pense que le ticket n'est pas du tout cher. Franchement. Surtout pour autant de concerts! Après, le reste, il faut voir, car quand on reste 4 jours, il faut se loger, manger,etc... mais ça c'est autre chose et c'est idem partout.

Et si on compare avec un bête concert de 2h max à Forest-National, y a pas photo! Et Werchter c'est le double!


Il ne faut pas oublier non plus tous les frais qui sont engagés avant le début du festival, quand on ne sait pas encore si il va réussir ou non! Les acomptes aux groupes, il faut les donner. Le matériel, il faut le louer. Et ça, que le public vienne ou ne vienne pas.


Franchement, celui qui aime ça en a pour ses sous!



Propos recueillis par Suicyco


(Un grand merci à Véronique pour son temps et sa gentillesse!)

http://www.dourfestival.be/




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