L'art et la révolution





WE WANT THE WORLD AND WE WANT IT...NOOOOOOOOOW


En 1967, Jim Morisson chantait cela avec la rage au ventre. Ces paroles me sont revenues à l’esprit lorsque j’ai vu deux photos prises lors de la révolution égyptienne sur la place Tahir 

La première de ces photos montre un homme poings levés, un masque à gaz couvrant son visage et derrière lui une foule baignée dans une légère fumée. On a l'impression de voir le chef d'une armée criant la charge vers un ennemi encore invisible! 

La deuxième représente une foule chargeant, bien décidée à reconquérir un terrain qui lui a été pris. Et dans cette foule, se retrouve la personne de la première photo. Cet homme, s’appelait AHMED BASIONY ... « S’appelait » car son engagement dans ce mouvement de riposte lui a coûté la vie.


Parfait inconnu pour la majorité de la population internationale, Ahmed Basiony est devenu dans son pays un héros, le représentant de toutes ces personnes tuées parce qu’elles se sont levées contre un gouvernement corrompu. Ahmed était un artiste touche-à-tout (Musique, peinture, expo, workshop...) et il partageait sa passion en l'enseignant dans un collège.


Ses œuvres laissaient place à la réflexion, et certains des noms donnés à celles-ci (« Closed society », « Birth Day & Dead day », « Who I am ») laissaient entrevoir une « révolution » personnelle, une envie de dénoncer les injustices dans un pays où la critique n’est (pourrait-on dire désormais « n’était ») pas la bienvenue...


Intéressé par le coté contemporain de l'art, Ahmed voulait sûrement par là exprimer son envie d'évolution et de changement. Il voulait le monde…maintenant... 

Le dernier statut qu’il publia sur facebook («I have a lot of hope if we stay like this. Riot police beat me a lot. Nevertheless I will go down again tomorrow. If they want war, we want peace. I am just trying to regain some of my nation’s dignity.”) montrait sa détermination pacifiste de changer le cours de l’histoire. Il n’était pas du genre à laisser faire les autres, à regarder l’histoire défiler sous ses yeux sans rien dire…il voulait être un artiste engagé!


Pour avoir un deuxième exemple de cet engagement, il suffit de passer la frontière pour se retrouver en Lybie. Depuis plusieurs semaines, révolution et répression sont devenus les deux termes représentant ce pays. Là aussi, un peuple s’est levé pour défier et faire tomber un gouvernement qui ne se soucie guère du devenir du pays.


Dans cette foule d’anonymes, plusieurs centaines de personnes ont été tuées, et parmi elles, un homme qui a utilisé pour seule arme son art: La caricature. Il s’appelait Ahmed al-Hilali, KAIS de son nom d’artiste. 

Ce n’est certainement pas un hasard si Kais avait décidé de peindre sur les murs de Benghazi des caricatures de Mouammar Kadhafi. Pour une personne aussi mégalomane et imbue d’elle-même que lui, se voir ainsi défigurée par la mise en évidence de ses défauts, corporels et caractériels, ne peut laisser indifférent…on peut être certain qu’Ahmed Al-Hilali le savait.


Dans une interview donnée à une chaîne de télé française, l’artiste disait qu’il n’avait aucun doute sur son sort s'il se faisait arrêter, mais que cette peur ne l’arrêterai pas et qu’il irai jusqu’au bout. Par sa détermination, Kais a voulu montrer qu’il n’avait rien à perdre mais tout à gagner et par la même occasion a donné un sens au terme d'« Artiste engagé »




Changement de pays, changement de continent : La Chine. Deuxième pays le plus riche au monde, présent sur le marché des nouvelles technologies, investissements dans les grands événements sportifs…Le pays « hype » du moment. Tout le monde veut travailler avec lui et lui ouvre les portes, toute société a « l’obligation » d’avoir une succursale dans ce pays…C’est le nouveau poumon économique. Mais derrière cette façade capitaliste, se « cache » un des pays les plus censurés au monde (La chine a été un des premiers états a appliquer la censure sur le net [voir ici et ici]). Toute atteinte à la République Chinoise est punissable d’emprisonnement.


Dans cet esprit de répression, des artistes osent défier la censure, en dénonçant la corruption ou toute autre fraude au pouvoir, en provoquant le gouvernement ou en montrant aux autres pays le visage « caché » de la Chine.

AI WEIWEI fait partie de ces artistes. Il dénonce la mort d’écoliers au Sichuan lors d’un tremblement de terre, qui, d’après lui, aurait pu être évité si l’argent prévu pour la construction de bâtiments parasismiques n’avait pas été détourné. Il provoque le gouvernement ,lorsque ce dernier interdit toute commémoration de la révolte de Tian an men, en prenant en photo son majeur dressé face à la place et en publiant un texte intitulé « Oublions »

Grâce à sa notoriété mondiale il fait réagir les pays face à la politique de censure de son pays. Mais le 2 avril 2011, son audace provocatrice lui a valu d’être arrêté à l’aéroport de Bejing et d’être emprisonné depuis lors.

Sûrement par défi et de par son engagement, AI Weiwei avait décidé de rester dans son pays pour mener sa révolution.


Lorsqu'on regarde un peu plus près de chez nous, on remarque qu'il existe aussi des artistes qui s'engagent contre les injustices, les gouvernements corrompus et diverses causes défendables. La censure est présente dans nos pays occidentaux, qu'elle soit politique (comme pour l'artiste Siu Lan Ko), policière  ou même parfois religieuse ("Piss Christ") mais elle n'a pas, encore, le pouvoir répressif des pays cités précédemment.


La question que l'on peut se poser à l'heure actuelle est « est ce que nos humoristes, nos dessinateurs, nos chanteurs seront actifs si un jour la censure les obligent à un formatage de leurs œuvres ou si leur art doit se faire sous les tirs d'une révolution ? Seront-ils comme Ahmed Basiony, Kais et Ai Weiwei des «artistes engagés»?


JC


Autres liens:
Projet artistique post-révolutionnaire tunisien:


Autres artistes censurés:



Retour aux articles                                                                                                        Back to the top

                                                                                             
      

  

Comments